
Oumar NDIR, président du Syndicat professionnel des entrepreneurs du BTP au Sénégal, plaide pour une meilleure intégration du secteur privé national dans les marchés publics et les partenariats public-privé. Lors d’une rencontre avec l’ARCOP, il a souligné la nécessité de renforcer la formation des acteurs du BTP, d’améliorer le cadre réglementaire et de favoriser le contenu local. Il a également défendu la compétence des entreprises sénégalaises face aux préjugés et présenté des initiatives ambitieuses, notamment un programme de 300 000 logements sociaux. L’objectif : positionner durablement le secteur privé sénégalais comme un acteur clé du développement national.

Q : Bonjour, M. Ndir. En tant que président du Syndicat professionnel des entrepreneurs du BTP au Sénégal, affilié au CNP, vous avez initié une rencontre avec l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP) Pouvez-vous nous en dire plus sur les motivations et les attentes de cette prise de contact ?
R : Nous sommes venus aujourd’hui pour une prise de contact entre le Syndicat professionnel des entrepreneurs du BTP du Sénégal et l’ARCOP. Nous souhaitons nous informer sur les évolutions en matière de commande publique, de passation de marchés, mais aussi comprendre ce qui se prépare. Le contexte actuel met en avant la souveraineté et le patriotisme économiques, et il était crucial pour nous d’écouter le Dr Moustapha DJITTE et son équipe nous exposer les enjeux et les perspectives dans ce domaine.
Q : Après vos échanges avec le Directeur général de l’ARCOP et son équipe, pensez-vous que les interrogations et les incertitudes qui entouraient certains aspects de la réglementation ont été dissipées ?
R: Plus qu’une incompréhension, il y avait peut-être une méconnaissance de certaines dispositions. Grâce à ces discussions, nous avons clarifié de nombreux points techniques sur la passation des marchés. Une évidence s’impose : il y a un besoin urgent de formation. Nous allons donc organiser des sessions de formation à destination des collaborateurs des entreprises du BTP.
Nous plaidons également pour que ces formations s’adressent en priorité aux cadres dirigeants – directeurs généraux, directeurs adjoints – afin qu’ils maîtrisent pleinement les mécanismes des marchés publics ainsi que les nouvelles opportunités offertes par les partenariats public privé (PPP).

Q : Justement, le concept de partenariat public-privé a été largement évoqué lors de vos échanges. Comment percevez-vous ce modèle ? Est-il une opportunité ou un défi pour les entreprises nationales habituées aux marchés publics classiques ?
R : Nous ne redoutons pas les PPP, bien au contraire ! Le secteur privé national sénégalais aspire à une implication plus forte. Il tend la main à l’État pour être associé aux grands projets prioritaires. Nous avons besoin de visibilité sur les attentes de l’État afin de structurer nos offres et nos financements. Cette démarche, nous la menons avec l’ARCOP, mais aussi avec d’autres acteurs comme l’APIX, l’AGEROUTE ou l’ONAS, qui jouent un rôle clé dans la commande publique. L’objectif est d’instaurer un véritable partenariat permettant de combler le déficit en infrastructures et de répondre aux besoins des populations.
Q : Justement, la perception du secteur privé dans la construction reste mitigée auprès du grand public. Comment comptez-vous rassurer les Sénégalais sur la qualité et la fiabilité des entreprises locales ?
R : Il est difficile de lutter contre les idées reçues. Trop souvent, on entend dire que les entreprises sénégalaises manquent de compétence, ne terminent pas les chantiers ou sont corrompues. Je tiens à dénoncer fermement ces stéréotypes ! Notre secteur regroupe des entreprises solides, reconnues, qui ont non seulement bâti les infrastructures du Sénégal, mais aussi de la sous-région. Elles sont respectées par les bailleurs internationaux et les partenaires étrangers. Pourtant, il semble qu’au Sénégal, nous ayons une tendance à dévaloriser notre propre savoir-faire. C’est faux ! Nos ingénieurs sont compétents et notre secteur est une fierté nationale. Nous devons mieux communiquer pour lever ces incompréhensions. Nous allons multiplier les échanges avec les autorités et renforcer notre présence dans les médias pour expliquer nos métiers et nos défis.

Q : Vous parlez d’une meilleure communication, mais au-delà des discours, quelles initiatives concrètes comptez-vous mettre en place pour démontrer l’excellence du secteur privé sénégalais ?
R : Nous lançons une grande offensive pour le logement social. Ce projet ambitieux vise à construire 300 000 logements en 5 à 10 ans, en collaboration avec l’État et les partenaires financiers. Ce programme ne se limite pas à bâtir des habitations : il vise à structurer toute une industrie de la construction locale. Nous voulons produire au Sénégal les matériaux nécessaires : portes, étanchéité, peinture, sanitaires… Ce sera un levier pour l’industrialisation et la création d’emplois. Nous avons déjà entamé des discussions avec les autorités et les partenaires institutionnels pour concrétiser cette vision. Ce sera une démonstration éclatante du savoir-faire sénégalais, non seulement en matière de construction, mais aussi d’innovation économique.
Q : Cette rencontre avec l’ARCOP marque une étape importante. Avec la vision du Dr Moustapha Adjeté sur l’endogénéisation de la commande publique, pensez-vous que le secteur privé national est enfin prêt à jouer un rôle central dans le renouveau économique du pays ?
R : Nous ressortons très satisfaits de cette réunion. Les échanges ont été riches, techniques et constructifs. L’endogénéisation de la commande publique est une priorité absolue : il est temps que le secteur privé national soit pleinement impliqué dans les projets de l’État. Le secteur du BTP a connu des années difficiles, où la commande publique a été largement confiée à des entreprises étrangères, au détriment des acteurs locaux. Aujourd’hui, nous saluons l’engagement des nouvelles autorités en faveur d’un rééquilibrage. Il faut que cela se traduise dans les textes et dans les faits, pour que le contenu local ne soit plus un simple slogan, mais une réalité tangible avec un impact sur l’emploi et l’économie.
Q : Vous évoquez la nécessité d’un cadre juridique plus favorable. Pensez-vous que les entreprises locales disposent aujourd’hui de toutes les informations et des outils nécessaires pour tirer pleinement parti des opportunités offertes ?
R : Il y a encore beaucoup de zones d’ombre. Certaines mesures incitatives existent, mais elles ne sont pas toujours connues ou bien appliquées. En revanche, nous avons aussi des propositions à faire pour améliorer le cadre légal.
Si nous unissons nos expertises – celles des organismes comme l’ARCOP et celles des entreprises privées –, nous pouvons aboutir à des réformes structurelles qui renforceront l’économie nationale. Il est temps de bâtir un cadre contractuel qui bénéficie autant à l’État qu’aux entreprises sénégalaises.
Q : Merci beaucoup, Monsieur Ndir, pour cet échange passionnant.
R : C’est moi qui vous remercie pour cette opportunité de clarifier nos ambitions et notre engagement pour le développement du Sénégal.