LES PPP DANS LA COMMANDE PUBLIQUE AU SÉNÉGAL : Le DG de l’ARCOP plaide pour une réforme ambitieuse et des projets mieux structurés

LES PPP DANS LA COMMANDE PUBLIQUE AU SÉNÉGAL : Le DG de l’ARCOP plaide pour une réforme ambitieuse et des projets mieux structurés

Invité de l’émission Point de Vue sur la RTS le 29 juin 2025, le Dr Moustapha DJITTÉ, Directeur général de l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), a livré une intervention dense et pédagogique sur les enjeux de la commande publique en générale et des partenariats public-privé (PPP) plus spécifiquement. La rigueur dans la préparation des projets, la gestion des risques, la réforme de la commande publique et la modernisation de son cadre de mise en œuvre ont été au cœur de ses propos.

« Un projet ne se décrète pas, il se sécrète »

D’entrée, Dr DJITTÉ a insisté sur la nécessité de respecter scrupuleusement la phase de préparation des projets PPP. Celle-ci doit impérativement passer par une évaluation préalable, rendue obligatoire par la loi. Selon lui, cette étape permet d’assurer la cohérence entre les objectifs de l’État et la structuration technique et financière du projet, avant tout engagement avec un opérateur privé. « Aller vite, oui. Mais aller bien, c’est mieux », a-t-il affirmé, soulignant les conséquences possibles de projets mal conçus, susceptibles d’enfermer l’État dans des contrats inadaptés pendant plusieurs décennies.

Risques pluriels, anticipation obligatoire

Sur la question des risques, Dr DJITTÉ a rappelé qu’un projet PPP peut exposer l’État à des aléas de différentes natures : géotechniques, archéologiques, sociaux, technologiques, financiers ou encore juridiques. Il a particulièrement attiré l’attention sur le risque pays, qui englobe la stabilité politique, le respect des engagements contractuels, la réputation de l’État, et les changements de régime, soulignant que « le secteur privé regarde de près la stabilité et la crédibilité d’un État. C’est ce qui détermine sa volonté d’investir » à son sens.

Le PPP, une alternative au financement classique

Face aux interrogations sur l’impact du climat économique actuel, notamment les discussions en cours avec le FMI, Dr DJITTÉ a tenu à distinguer le PPP des financements classiques. Il a rappelé que les projets PPP sont portés financièrement par les opérateurs privés, qui mobilisent eux-mêmes les ressources auprès de prêteurs, sans engagement direct de l’État vis-à-vis des bailleurs multilatéraux. On retient de ses explications que « ce n’est pas l’État qui va chercher l’argent. C’est l’investisseur privé qui mobilise les fonds sur la base d’un montage économiquement viable ».

Lenteurs administratives : un défi de formation et d’appropriation

« Le Premier ministre nous a instruits d’intensifier ces formations. C’est une priorité pour nous », a-t-il assuré, répondant ainsi à des critiques sur les lenteurs dans les procédures de passation de marchés. Le Dr DJITTÉ a notamment évoqué un manque de formation et un renouvellement rapide des ressources humaines dans l’administration. Pour y répondre, l’ARCOP a intensifié ses programmes de formation, accueillant chaque jour une cinquantaine d’agents dans ses sessions. Il a également regretté l’absence de spécialisation en commande publique à l’École nationale d’administration (ENA), tout en annonçant la création d’un corps d’experts, adossé à un projet de loi déjà finalisé.

Dématérialisation : un tournant numérique stratégique

Parmi les réformes phares annoncées, figure le lancement imminent d’une plateforme de dématérialisation de la commande publique, censée faire économiser à l’État entre 20 et 25 milliards FCFA par an. Cette plateforme permettra un traitement digital de l’ensemble des procédures, réduisant considérablement les délais de transmission et d’instruction des dossiers. « Je signe aujourd’hui électroniquement toutes mes décisions. On est passé à une administration plus rapide, plus fiable », a-t-il confié.

Un accompagnement renforcé des administrations

Fidèle à sa démarche proactive, Dr DJITTÉ a mis l’accent sur le renforcement du service d’appui-conseil de l’ARCOP. L’objectif : travailler en amont avec les maîtres d’ouvrage pour éviter les erreurs de procédure, les contentieux et les retards. Il a rappelé que la commande publique est un outil au service de la réalisation des projets et non une fin en soi. Il résume : « La procédure n’a de sens que si elle permet de concrétiser un projet. Nous sommes là pour accompagner, anticiper, sécuriser ».

Une nouvelle vision de la régulation

Enfin, le DG de l’ARCOP a annoncé la publication prochaine des rapports d’activités 2022 et 2023, en même temps. Parallèlement, il a affirmé son ambition de faire de la commande publique un levier de développement économique, notamment en favorisant l’accès des jeunes et du secteur privé local aux marchés publics.