A la veille du lancement de la plateforme de dématérialisation des procédures de la commande publique dénommé ARCOP le 14 octobre 2025, le Directeur général a accordé une interview au journal Le Soleil. Le Dr Moustapha DJITTE a dévoilé une réforme structurante qui modernise, sécurise et démocratise l’accès aux marchés publics au Sénégal. Entretien
Qu’est-ce qui va changer avec la nouvelle plateforme ?
Avec cette nouvelle plateforme, toute la doctrine sur la gestion des procédures de passation, d’exécution et de contrôle des projets publics connaîtra une évolution très qualitative tant pour le secteur public que pour les opérateurs privés.
En effet, les avis et dossiers d’appel d’offres (DAO) ainsi que les décisions d’attribution seront désormais directement insérés dans une plateforme pour les rendre disponibles en ligne.
Il suffit de faire remarquer qu’à l’heure actuelle, les opérateurs privés sont ténus de traquer les opportunités de marché en parcourant chaque matin la presse dans tous les sens pour donner une idée de l’impact réel de cette réforme sur la démocratisation de la commande publique.
En consacrant ainsi la publication de l’avis d’appel d’offres en ligne, la réforme permet à tout opérateur d’être informé des opportunités de marché à partir de son téléphone et sans frais.
Ceci sera une avancée remarquable pour les Petites et moyennes entreprises qui peinaient à avoir l’information sur les commandes publiques.
Aussi, la construction du DAO directement sur la plateforme affranchit les autorités contractantes de l’obligation de mobiliser un personnel d’appoint affecté à l’impression des dossiers ou à leur transmission et d’acquérir des équipements de reprographie (imprimantes et consommables informatiques). Et en un clic, il est transmis à l’organe de contrôle a priori puis mis à disposition en ligne, dans les mêmes formes, sans que l’administration ne soit obligée de passer par une insertion publicitaire qui reste assez onéreuse.
En parallèle, les opérateurs s’inscrivent dans la plateforme sur la base des informations essentielles requises pour prendre part aux marchés publiés.
Avec cet enregistrement préalable et obligatoire, le système constitue une banque de candidats répartis suivant la nomenclature UNSPSC des nations unies qui classe les opérateurs en fonction de la nature des biens et services qu’ils fournissent. Dès lors, les opérateurs ne sont plus astreints de déposer auprès des administrations des demandes d’agrément, la simple inscription sur la plateforme lui permet de se positionner de facto sur tous les marchés en congruence avec son domaine d’activité : une autre avancée remarquable.
Une fois, cette formalité accomplie, l’opérateur peut participer à tout marché qui cadre avec son domaine d’activité dès la publication de l’avis d’appel d’offres correspondant en déposant directement son offre et ses éléments de qualification sur la plateforme. Les pièces insérées dans ce cadre sont sécurisées grâce à l’horodatage et le chiffrement. Le premier fixe de façon irrévocable la date et l’heure de son insertion pour chaque document alors que le second en scelle la confidentialité rendant impossible la découverte de son contenu avant la date programmée de l’ouverture des offres.
En outre, la plateforme organise les échanges entre l’autorité contractante et les candidats à un marché donné qui peuvent s’échanger des correspondances dont la traçabilité est garantie.
En somme, la plateforme modernise la passation des marchés, en accroît la transparence et l’intégrité sans compter une forte réduction des délais de mise en œuvre des procédures.
Vous parlez d’une économie de près de 300 milliards de FCFA. Sur quelles niches comptez-vous ?

La mise en service de cette plateforme permet d’engranger des économies qui sont estimées à 10% des montants engagés dans le cadre de la commande publique.
Ce potentiel d’économies est tiré d’études réalisées aux Etats unis et en Afrique sud sur la base d’une comparaison des montants engagés dans le cadre de la commande publique sur les années N-1, N et N+1.
Dans le contexte sénégalais où la commande publique mobilise 3000 milliards en ressources publiques, nous pouvons nous attendre à une économie de l’ordre de 300 milliards.
Ces économies trouvent son expression dans la disparition :
– des insertions publicitaires qui peuvent coûter jusqu’à 400 000 francs CFA pour une demi-page (avis d’appel d’offres, attribution du marché)
– des DAO physiques avec comme corollaires l’anéantissement des dépenses rattachées liées à la mobilisation d’un personnel d’appoint (reprographie et transport) à redéployer sur d’autres tâches opérationnelles, l’acquisition de logistique (impression, véhicules et carburant) :
– de la location d’espace de conservation (certaines administrations louent des espaces délocalisés pour leurs archives sur les marchés).
Il faut ajouter à ces économies substantielles, la réduction de l’incidence financière des pratiques frauduleuses dans la commande qui peut atteindre 20 à 25 % des ressources mobilisées.
Le numérique c’est des avantages importants. Mais des risques sécuritaires qui n’épargnent presque aucune structure. Quelles sont les dispositions qui ont été prises pour un outil sécurisé ?
La cybersécurité dans APPEL repose sur des standards élevés et des pratiques éprouvées, combinant mesures techniques et gouvernance. Les principales mesures incluent :
- Authentification forte et gestion des droits d’accès par profil, afin de garantir que chaque utilisateur n’accède qu’aux informations qui le concernent.
- Signature électronique et horodatage, pour assurer l’intégrité juridique des documents et empêcher toute falsification.
- Chiffrement des données en transit et au repos, protégeant les informations sensibles contre toute interception ou accès non autorisé.
- Pare-feu, détection d’intrusion et protection contre les attaques DDoS, pour sécuriser l’infrastructure contre les attaques externes.
- Traçabilité complète et audit de toutes les actions, permettant de détecter toute anomalie ou tentative de fraude.
Pour renforcer ces dispositifs, APPEL implique des experts en cybersécurité dès la conception et la mise en œuvre, et met en place des revues régulières par des spécialistes notamment de la Direction du Chiffre et de la sécurité des systèmes d’information (DCSSI) pour valider les mécanismes de protection et garantir la conformité aux normes nationales et internationales. De plus, des tests poussés de vulnérabilité et de résistance ont été réalisés sur la plateforme, simulant des attaques réelles et des charges importantes pour s’assurer de la robustesse et de la fiabilité du système.
- interopérabilité : communication avec d’autres systèmes de l’État, mais aussi rester ouverte aux évolutions futures.
