Alors que l’Afrique doit combler un déficit annuel de financement estimé à près de 1 300 milliards de dollars (715 000 milliards de FCFA), les Partenariats Public-Privé (PPP) s’imposent comme une voie incontournable pour accélérer la réalisation des infrastructures essentielles au développement. C’est le message fort délivré par le Directeur général de l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), le Dr Moustapha DJITTÉ, lors d’un séminaire régional sur le thème « la modernisation du climat des affaires : promotion et protection des investissements » tenu les 22 et 23 novembre 2025 à Dakar. Organisée en partenariat avec l’Ordre des avocats du Sénégal et IRZ-GIZ, la rencontre a enregistré la participation d’experts en provenance de la Mauritanie, du Maroc, de l’Algérie, de la Tunisie et du Sénégal.
D’entrée de jeu, le DG a rappelé que l’Afrique évolue désormais dans un environnement mondial secoué par une polycrise : guerres, tensions géopolitiques, instabilité des corridors énergétiques, renchérissement des coûts logistiques, repli protectionniste et post-Covid encore visible. Un contexte qui frappe de plein fouet des économies déjà fragilisées par l’enclavement logistique et numérique, l’endettement, la baisse des investissements étrangers et les crises sécuritaires prolongées.

Face à cette réalité, les États africains doivent « innover dans la mobilisation des ressources », souligne le DG de l’ARCOP lors de sa communication sur les défis et opportunités des PPP, qui constituent, de son point de vue, l’un des leviers les plus crédibles.
Un modèle financier aux avantages multiples
Dr DJITTÉ a rappelé que le PPP permet au privé de financer, construire, exploiter et maintenir une infrastructure avant de la rétrocéder à la puissance publique. Ce montage crée un effet de levier financier tout en permettant de transférer certains risques au partenaire privé. Plusieurs États africains l’ont bien compris, en mettant en place des mécanismes de préparation des projets tels que le Fonds d’Appui aux partenariats public-privé (FAPPP) au Sénégal ou le Project Development Facility au Ghana.
Au-delà de la simple mobilisation de capitaux, le PPP ouvre des perspectives structurantes : infrastructures plus inclusives, recours à des solutions innovantes, optimisation de la dépense publique, résilience climatique, transparence contractuelle et montée en gamme des standards de gestion publique.

Des défis encore lourds
Mais les PPP restent un chantier exigeant. Moustapha DJITTE a pointé des défis majeurs :
- mise en place de cadres juridiques clairs et cohérents,
- existence d’organes techniques compétents,
- soutenabilité budgétaire certifiée avant lancement,
- transparence dans la gouvernance,
- stabilité politique et confiance des investisseurs.
Le Sénégal et le Kenya ont même choisi de publier les éléments essentiels des contrats, renforçant la crédibilité du système.

Et au centre de tout : les avocats
La présentation du Dr DJITTÉ a eu le mérite de lever toute ambiguïté. Selon lui, la réussite d’un PPP repose en grande partie sur l’ingénierie juridique, donc sur les avocats. La profession se trouve à la croisée de tous les enjeux :
- sécurisation des risques et répartition contractuelle,
- montage des accords, avenants et schémas de gouvernance,
- encadrement de la soutenabilité financière,
- prévention et gestion des contentieux,
- audit réglementaire et conformité,
- conseil stratégique aux États comme aux investisseurs.
Dans un contexte où la lutte contre le blanchiment, la transparence des contrats et la qualité de la dépense publique deviennent des impératifs internationaux, la demande de juristes maîtrisant les PPP ne cesse de croître.

Une nouvelle responsabilité professionnelle
Pour le DG de l’ARCOP, les avocats africains sont désormais appelés à devenir des « ingénieurs de la confiance » dans les marchés d’infrastructure. Sans expertise juridique solide, pas de contrats équilibrés ; sans contrats équilibrés, pas de financement durable.
Malgré les crises, conclut Dr DJITTÉ, l’Afrique dispose d’un potentiel unique pour transformer ses infrastructures si elle relève les défis institutionnels, politiques et juridiques. Dans cette équation, les avocats ont désormais un rôle central, à savoir garantir la sécurité, la transparence et la soutenabilité des grands projets qui dessineront l’Afrique de demain.
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