Dr Moustapha DJITTE, Directeur général de l’ARCOP (Interview RTS 1) :« Avec la caravane de la dématérialisation, l’ARCOP rapproche la commande publique des administrations et fournisseurs, pour plus d’inclusion et d’efficacité »

Dr Moustapha DJITTE, Directeur général de l’ARCOP (Interview RTS 1) :« Avec la caravane de la dématérialisation, l’ARCOP rapproche la commande publique des administrations et fournisseurs, pour plus d’inclusion et d’efficacité »

Dans le cadre de la mise en œuvre de la phase pilote d’APPEL, plateforme dédiée à la dématérialisation des procédures de passation de la commande publique, l’ARCOP lance une caravane nationale de sensibilisation. L’objectif est d’informer et de former les autorités territoriales, les fournisseurs et opérateurs économiques locaux aux nouvelles procédures entièrement dématérialisées via la plateforme APPEL accessible sur www.achatspublics.sn. Cette initiative territoriale vise à renforcer la transparence, faciliter l’accès aux marchés publics et préparer l’ensemble du pays à un processus plus efficace et sécurisé. A la veille du lancement de la caravane qui a démarré à Ziguinchor, le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTE était l’invité de l’émission Le Point sur la télévision nationale (RTS1)

Bientôt, le papier disparaîtra du processus de passation des marchés publics au Sénégal grâce à la dématérialisation, rendue possible par la nouvelle plateforme électronique Appel Achat Public, lancée par l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP). À partir de demain à Ziguinchor, démarrera la caravane nationale de vulgarisation de cet outil de modernisation. Pour en parler, nous recevons ce soir le Directeur général de l’ARCOP, Docteur Moustapha DJITTE. Bonsoir Dr.

Bonsoir et merci à la RTS de nous offrir cette opportunité pour présenter cette campagne importante de sensibilisation autour de la plateforme de dématérialisation, dont le lancement officiel a eu lieu récemment.

Vous êtes à la tête de l’ARCOP, considéré longtemps comme le « gendarme » de la commande publique. Qu’est-ce qui explique ce changement de posture ?

Effectivement, l’image de l’ARMP, devenue aujourd’hui ARCOP, était celle d’un contrôleur strict, presque un censeur. Nous continuons à veiller au respect des règles, mais nous avons choisi d’adopter une approche proactive. La réforme, initiée en 2008, a mûri pendant vingt ans. Aujourd’hui, l’ARCOP accompagne l’administration, anticipe les difficultés et propose des solutions avant que les problèmes ne surviennent. Nous entrons dans une logique d’accompagnement plutôt que de sanction : nous voulons mobiliser la commande publique pour faciliter la réalisation des projets, et non seulement exercer un contrôle rigoureux.

Demain à Ziguinchor débute la caravane de sensibilisation. Pourquoi cette approche itinérante ?

La plateforme permet à toutes les administrations de dérouler les procédures de façon numérique. Mais pour qu’elle soit pleinement exploitée, il faut aller à la rencontre des administrations centrales et déconcentrées, souvent éloignées de Dakar, ainsi que des opérateurs privés. Ces derniers doivent s’inscrire sur la plateforme pour participer aux procédures. La caravane est donc un moyen de former, d’informer et d’enrôler tous les acteurs concernés, afin que la dématérialisation soit effective sur l’ensemble du territoire.

Comment avez-vous structuré cette tournée nationale ?

Elle se déroule en cinq pôles régionaux, en cohérence avec l’agenda de transformation territoriale du Sénégal. Nous commençons par le pôle Sud à Ziguinchor, puis Saint-Louis, Kaolack, Thiès et enfin Dakar, où plusieurs sessions seront organisées en raison du dynamisme économique de la région. Chaque étape implique également les représentants régionaux de la DCMP, notre partenaire pour le contrôle a priori, qui assureront la dissémination et le suivi local.

En quoi cette initiative s’inscrit-elle dans le Plan de redressement économique et social ?

Le plan vise à créer les conditions favorables à la réalisation de projets prioritaires. La plateforme facilite la mise en œuvre de ces projets : elle accélère les procédures, renforce la transparence et assure une meilleure implication du secteur privé. Elle modernise ainsi l’ensemble du secteur des marchés publics, tout en contribuant directement aux objectifs du plan.

Quelles différences majeures introduit la plateforme par rapport aux procédures traditionnelles ?

La commande publique était jusque-là entièrement papier : avis d’appel d’offres, dépôts, ouverture des plis, évaluation et contrats. Cette approche entraînait des retards considérables et des pertes de temps dans la transmission et le contrôle des dossiers. Avec la plateforme, tout est automatisé : le dossier finalisé est transmis en un clic, sécurisé et horodaté. L’intégrité des documents est garantie, les contrôles sont systématiques et les opérations traçables. Cela réduit les interventions humaines au strict nécessaire, tout en maintenant le rôle des décideurs et des spécialistes dans le processus.

Peut-on s’attendre à ce que toutes les lenteurs et erreurs disparaissent ?

La plateforme réduit considérablement les erreurs et les retards, mais elle ne supprime pas le rôle de l’homme. Elle optimise les opérations tout en laissant la responsabilité des décisions aux acteurs compétents. Les procédures restent souples, sécurisées et transparentes, et le contrôle a posteriori par l’ARCOP assure la conformité.

Qu’en est-il de la sécurité et de la fiabilité des transactions ?

La plateforme est hébergée dans un datacenter de niveau Tier 3 et respecte les standards de sécurité les plus stricts. Chaque document est chiffré, horodaté et ne peut être ouvert qu’à la date prévue. Les administrations sont impliquées dans la sécurisation et la maintenance du système, garantissant ainsi la fiabilité de l’ensemble des opérations.

Et concernant la formation des acteurs ?

Nous avons mis en place un institut de formation, désormais sous-régional, qui accueille régulièrement des agents et des décideurs pour les former à la dématérialisation et aux meilleures pratiques de la commande publique. Nous avons également développé des modules adaptés aux managers, flexibles et en ligne, afin d’assurer une bonne compréhension de l’ensemble du processus.

Cette initiative permet-elle de corriger les dysfonctionnements récurrents constatés dans les rapports d’audit ?

Absolument. La plateforme permet d’éviter les erreurs répétitives constatées dans les audits passés. Elle impose un cadre opérationnel fiable et sécurisé, tout en offrant aux autorités la transparence nécessaire pour suivre tous les marchés, depuis leur initiation jusqu’à leur exécution.

Quel impact cette modernisation aura-t-elle sur l’image et l’attractivité du Sénégal pour les investisseurs ?

Un cadre sécurisé et transparent favorise l’investissement public et privé, national et international. Les procédures sont désormais fiables, rapides et accessibles à tous, ce qui renforce la crédibilité du Sénégal et démocratise la commande publique.

Enfin, comment s’articule le contrôle entre l’ARCOP et la DCMP dans ce nouveau système ?

La DCMP assure le contrôle a priori, vérifiant la conformité des procédures dès leur initiation. L’ARCOP intervient en contrôle a posteriori et en audit, tout en formant et en accompagnant les administrations et les opérateurs pour garantir une mise en œuvre optimale. Ensemble, nous combinons contrôle, formation et accompagnement pour sécuriser et moderniser la commande publique.