DR MOUSTAPHA DJITTÉ, DG DE L’ARCOP : « Placer les femmes au cœur de la commande publique est un impératif de développement »

DR MOUSTAPHA DJITTÉ, DG DE L’ARCOP : « Placer les femmes au cœur de la commande publique est un impératif de développement »

L’accès des femmes à la commande publique s’impose progressivement comme un enjeu majeur des politiques d’inclusion économique au Sénégal. À la faveur d’initiatives portées par Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), les autorités entendent renforcer la participation des entreprises dirigées par des femmes à un secteur qui représente un levier stratégique de développement. Selon le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTE, placer les femmes au cœur de la commande publique constitue aujourd’hui « un impératif de développement ». Il rappelle que le Sénégal dispose déjà d’un cadre juridique favorable, intégrant des mécanismes de discrimination positive destinés à promouvoir l’accès des petites et moyennes entreprises, notamment celles dirigées par des femmes, aux marchés publics.

Le Code des marchés publics prévoit notamment que les autorités contractantes disposant d’un budget annuel supérieur à un certain seuil réservent une part de leurs marchés aux PME nationales, dont une fraction spécifique destinée aux entreprises à direction féminine. Malgré ces avancées réglementaires, leur mise en œuvre reste encore limitée. « Plusieurs de ces mécanismes demeurent insuffisamment opérationnels », reconnaît le DG de l’ARCOP.

Un déficit de données sur l’entrepreneuriat féminin

L’un des principaux défis réside dans l’absence de statistiques précises sur la présence des entreprises dirigées par des femmes dans l’économie nationale. Pour Moustapha DJITTE, il est indispensable de disposer d’outils fiables permettant de mesurer leur contribution réelle et d’orienter plus efficacement les politiques publiques.

Une telle démarche passerait d’abord par un recensement des entreprises féminines afin d’identifier leur nombre, leur répartition sectorielle et leur poids économique. Cette cartographie permettrait ensuite d’évaluer leur contribution au tissu productif national et d’identifier les obstacles qui limitent leur accès aux marchés publics.

Cette approche méthodique vise également à mieux comprendre les contraintes auxquelles ces entreprises sont confrontées, qu’elles soient d’ordre juridique, financier ou technique, afin de mettre en place des dispositifs d’accompagnement adaptés.

L’informel et le manque d’information parmi les principaux freins

Au-delà des contraintes administratives et financières, la prédominance du secteur informel constitue un obstacle majeur. De nombreuses femmes entrepreneures restent en effet éloignées des procédures de passation des marchés publics, souvent faute d’information ou de maîtrise des mécanismes existants.

Selon les analyses menées dans le secteur, l’accès à l’information demeure un facteur déterminant. Les opportunités offertes par la commande publique restent encore insuffisamment connues dans certains secteurs d’activité où les femmes sont pourtant fortement représentées.

Dans ce contexte, le DG de l’ARCOP plaide pour un renforcement des dispositifs d’information et d’accompagnement afin de faciliter l’accès des entreprises féminines aux procédures de soumission.

Un dispositif d’assistance pour accompagner les PME féminines

Parmi les initiatives mises en place figure la création du Bureau d’Assistance à la Commande Publique (BAC), destiné à accompagner les petites et moyennes entreprises dans la compréhension des procédures et la préparation de leurs dossiers de soumission.

Ce dispositif, mis en œuvre avec l’appui d’ONU Femmes et en partenariat avec l’Agence de Développement et d’Encadrement des Petites et Moyennes Entreprises (ADEPME), vise à renforcer la compétitivité des entreprises dirigées par des femmes et à leur permettre de mieux capter les opportunités offertes par les marchés publics.

Chaque année, la commande publique représente plusieurs milliers de milliards de francs CFA au Sénégal et constitue un moteur important de croissance économique et de création d’emplois. Dans cette perspective, une participation accrue des femmes entrepreneures apparaît comme un levier essentiel pour favoriser une croissance plus inclusive et durable. Pour l’ARCOP, l’enjeu est désormais de transformer les avancées juridiques et institutionnelles en résultats tangibles sur le terrain. « Placer les femmes au cœur de la commande publique, c’est investir durablement dans le développement économique et social du Sénégal », souligne le Dr Moustapha DJITTE