Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique et l’Autorité de Régulation de la Commande Publique ont examiné cette semaine plusieurs mécanismes contractuels pour financer infrastructures et équipements médicaux destinés à la lutte contre le cancer, un défi de santé publique majeur qui fait plus de 7 000 décés et plus de 11 000 nouveaux cas par an. Les cancers du col de l’utérus et du sein touchant les femmes sont les plus fréquents.
Face à la progression du cancer et aux limites des financements publics, autorités sanitaires, experts médicaux et spécialistes de la commande publique ont engagé une réflexion pour identifier les mécanismes juridiques et financiers capables d’accélérer les investissements dans la prévention et la prise en charge de la maladie.

Réunis à Dakar lors d’un atelier technique conjoint, responsables du ministère de la Santé, experts de la commande publique, spécialistes de l’oncologie et sociète civile, ont examiné les options permettant de structurer un projet national de lutte contre le cancer dans le respect de la réglementation et des contraintes budgétaires actuelles.
L’initiative s’inscrit dans la mission d’appui technique de l’ARCOP aux autorités contractantes. L’objectif des travaux consistait à analyser les différentes options juridiques possibles pour permettre la mise en œuvre du projet tout en garantissant la conformité aux règles de la commande publique. La réflexion a porté notamment sur plusieurs axes stratégiques : la sensibilisation et le dépistage, le diagnostic, le traitement, la recherche et la surveillance, ainsi que la gouvernance et le suivi-évaluation.
L’urgence sanitaire face aux contraintes budgétaires
Pour les acteurs du secteur de la santé, l’enjeu est considérable. Le cancer figure aujourd’hui parmi les maladies chroniques qui pèsent le plus lourdement sur les systèmes de santé et sur les ménages. Présent à la rencontre, l’oncologue Dr SARR a insisté sur l’importance de renforcer les connaissances et les données disponibles sur la maladie. « Les rencontres de ce type sont essentielles lorsqu’il s’agit de partager les chiffres et les informations sur le cancer au Sénégal. Nous espérons qu’à l’issue de ces travaux, nous disposerons d’orientations plus claires pour améliorer la prise en charge des patients », a-t-il souligné.

Même conviction du côté de la société civile. Pour Dr Fatma GUENOUN, présidente de la Ligue sénégalaise de lutte contre le cancer (LISCA), la bataille contre la maladie ne peut être gagnée sans un effort simultané sur la prévention et l’accès aux soins. « La prise en charge est essentielle, mais tout commence par la prévention », a-t-elle rappelé, appelant à dégager des perspectives concrètes pour améliorer l’accompagnement des malades.
L’ARCOP met en avant la flexibilité de la commande publique
Les discussions ont porté sur la question de la structuration juridique et financière du projet. Pour le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, le cadre sénégalais de la commande publique offre déjà plusieurs instruments permettant de réaliser des investissements même dans un contexte budgétaire contraint. Selon lui, l’enjeu consiste surtout à identifier le mécanisme le plus adapté pour atteindre les objectifs de l’État tout en préservant les ressources publiques. « Lorsqu’une proposition de projet est faite à l’État, il est essentiel d’examiner l’ensemble des mécanismes juridiques disponibles afin de retenir celui qui garantit la meilleure réalisation des objectifs publics », a-t-il expliqué.

Dr DJITTE indique que ses experts ont travaillé avec les équipes du ministère de la Santé pour analyser la proposition reçue et la confronter aux différents dispositifs prévus par le droit sénégalais. Les résultats de cette analyse ont servi de base aux discussions techniques de l’atelier et à l’élaboration d’une feuille de route.
Au-delà de l’analyse juridique, la rencontre était aussi un cadre de renforcement des capacités. L’ARCOP prévoit d’organiser des sessions de formation destinées aux équipes du ministère afin de leur permettre de maîtriser les mécanismes contractuels qui pourraient être mobilisés dans la mise en œuvre du projet. « Les 48 heures de travaux constituent une première étape. Nous comptons poursuivre cet accompagnement pour aider le ministère de la Santé à structurer ses projets de manière optimale », a indiqué le DG de l’ARCOP .

Une priorité pour le ministère de la Santé
Du côté des autorités sanitaires, la lutte contre le cancer figure désormais parmi les priorités stratégiques. Le secrétaire général du ministère, M. Serigne MBAYE, a rappelé que les maladies chroniques occupent une place centrale dans l’agenda national de transformation du secteur. « Le cancer est une pathologie qui provoque non seulement un nombre important de décès, mais qui appauvrit également les familles et pèse sur l’économie », a-t-il expliqué. Selon lui, les contraintes budgétaires obligent désormais l’État à explorer des solutions innovantes pour mobiliser les ressources nécessaires.

Il a également salué l’implication de l’ARCOP dans la recherche d’une solution juridiquement sécurisée et conforme aux règles de la commande publique. « Si nous parvenons à faire avancer ce projet, ce sera un grand service rendu au Sénégal ».