PLAIDOYER DU DR DJITTÉ POUR UNE SOUVERAINETÉ SANITAIRE RÉGIONALE : Les PPP, clé d’une relance durable de l’industrie pharmaceutique en Afrique de l’Ouest

PLAIDOYER DU DR DJITTÉ POUR UNE SOUVERAINETÉ SANITAIRE RÉGIONALE : Les PPP, clé d’une relance durable de l’industrie pharmaceutique en Afrique de l’Ouest

Dakar a été, du 20 au 24 avril 2026, l’épicentre d’une réflexion stratégique sur l’avenir de la pharmacie en Afrique de l’Ouest. Pour la première fois en zone francophone, l’Assemblée générale annuelle et la Conférence scientifique du West African Postgraduates College of Pharmacists (WAPCP) se sont tenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), à travers sa Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie (FMPOS). Chercheurs, experts et professionnels de santé y ont débattu des leviers à activer pour renforcer une industrie pharmaceutique encore fragilisée.

Au cœur des échanges, une table ronde sur les « Défis et perspectives de la relance de l’industrie pharmaceutique en Afrique de l’Ouest » a dressé un diagnostic sans complaisance : dépendance persistante aux importations, faiblesse des chaînes de valeur locales, contraintes réglementaires, déficit d’infrastructures aux normes internationales et manque de ressources humaines qualifiées. Des fragilités mises à nu par la pandémie de COVID-19, qui a rappelé l’urgence pour les États de consolider leur souveraineté sanitaire.

Invité en qualité d’expert, le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, a centré son intervention sur le rôle structurant des partenariats public privé (PPP). Selon lui, la relance de l’industrie pharmaceutique passe inévitablement par la réalisation d’infrastructures adaptées et par un meilleur accès des opérateurs à la commande publique.

Le Dr DJITTE a rappelé les avancées du Sénégal en matière de cadre juridique des PPP, notamment avec la réforme de 2021 alignée sur les directives de l’UEMOA. « Ce dispositif rénové, adossé à une gouvernance clarifiée et à des mécanismes de régulation efficaces, ouvre de nouvelles perspectives d’investissement, y compris pour des projets d’intérêt général », a-t-il soutenu.

Moustapha DJITTÉ a particulièrement insisté sur l’innovation que constituent les offres d’initiative privée (OIP), permettant aux entreprises de proposer directement des projets à l’État en mobilisant des financements privés. Dans un contexte de surliquidité bancaire, il a appelé les industriels pharmaceutiques à structurer des projets solides et bancables, tout en s’appuyant sur les institutions financières pour leur mise en œuvre.

Le DG de l’ARCOP a aussi évoqué les dispositifs incitatifs existants dans la commande publique : préférence nationale, marchés réservés et mécanismes facilitant l’accès des entreprises locales aux marchés publics. Il a en outre parlé des efforts conjoints de l’ARCOP et de la Pharmacie nationale d’Approvisionnement (PNA) pour améliorer l’accessibilité des médicaments grâce à des procédures adaptés.

Illustrant ses propos, il est revenu sur le projet Madiba, lancé durant la pandémie, qui ambitionne de jeter les bases d’une industrie locale de production de vaccins. Une initiative qui, selon lui, se distingue par une approche stratégique visant à bâtir un écosystème industriel autonome, en évitant des solutions susceptibles d’accentuer la dépendance extérieure.

Moustapha DJITTÉ a enfin réaffirmé que les PPP constituent un levier incontournable pour structurer une industrie pharmaceutique compétitive en Afrique de l’Ouest. Mais il a averti : « le véritable défi reste aujourd’hui l’appropriation de ces mécanismes par les acteurs économiques ». Une condition essentielle pour enclencher une dynamique durable de production locale et réduire la vulnérabilité sanitaire de la région.