Face aux défis des ouvrages dégradés et des normes insuffisamment respectées, le Dr Moustapha DJITTÉ appelle à “encadrer le secteur privé national” et à bâtir une commande publique plus rigoureuse, plus verte et plus performante. Il s’est exprimé le 8 mai 2026 en recevant au siège de l’ARCOP une importante délégation du LNR/BTP composée notamment du service juridique, de la cellule de passation des marchés, des services financiers et comptables. A l’entame des échanges, le Directeur général du LNR/BTP, le Dr Laurent SINA, a d’abord tenu à saluer « la célérité et la réactivité » du Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, ainsi que la disponibilité de ses équipes. Le responsable du LNR/BTP a également magnifié la qualité de la formation organisée par l’ARCOP, affirmant l’avoir suivie « du premier au dernier jour ». Une marque de satisfaction qui témoigne, selon lui, de la pertinence du rôle d’accompagnement joué par l’organe de régulation.
Faire de la qualité des infrastructures publiques une exigence nationale
Le LNR/BTP s’est déplacé dans les locaux de l’ARCOP avec cette ambition en bandoulière : faire de la qualité des infrastructures publiques une exigence nationale. Les échanges ont mis en exergue la nécessité de renforcer les synergies institutionnelles afin d’améliorer durablement la qualité des ouvrages publics, la préparation des marchés et l’encadrement des acteurs du secteur.
Mais très vite, les discussions ont porté sur les défis structurels du secteur des bâtiments et travaux publics : chantiers inachevés, routes dégradées de manière précoce, infrastructures construites avec des matériaux de mauvaise qualité, parfois non homologués. « L’État nous a assigné six missions », a rappelé le Dr Laurent SINA, évoquant notamment l’exigence de garantir le respect des normes dans la construction des routes et des bâtiments. Il a insisté sur l’urgence de doter le LNR/BTP de moyens techniques adaptés afin d’assurer pleinement ses missions de contrôle, d’homologation et de régulation.
Dans cette dynamique, le LNR/BTP veut également construire un siège moderne doté de laboratoires répondant aux standards internationaux. Le projet, déjà étudié et chiffré, est aujourd’hui orienté vers un financement en partenariat public privé (PPP). « Nous avons déjà l’assiette foncière, les études sont faites, les maquettes disponibles et nous sommes désormais dans la recherche de financements », a expliqué le Dr SINA, précisant qu’un cabinet accompagne déjà la structure dans l’identification des meilleurs mécanismes de financement.

Face à ces perspectives, le Directeur général de l’ARCOP a salué une démarche qui, selon lui, traduit une volonté forte de s’inscrire dans une dynamique de respect des procédures de la commande publique. Le Dr Moustapha DJITTÉ a surtout insisté sur la nécessité d’une responsabilisation accrue de l’ensemble des acteurs. « On ne peut pas laisser les commandes de l’État entre des mains inexpérimentées et ensuite constater les dégâts ».
Pour le Directeur général de l’ARCOP, la question de la qualité des ouvrages publics se joue bien avant l’exécution des travaux. « La qualité d’un projet dépend de la profondeur de sa préparation, notamment dans la conception des DAO ». Le régulateur de la commande publique a ainsi plaidé pour une approche systémique intégrant la recherche, la formation, l’innovation et l’anticipation.
Dans cette perspective, il a appelé à renforcer les mécanismes de classification des entreprises afin de mieux encadrer l’accès aux marchés publics et garantir davantage de professionnalisme dans l’exécution des projets de l’État.
Le Dr Moustapha DJITTÉ a également insisté sur la complémentarité des administrations publiques. Prenant l’exemple des infrastructures routières et des interventions parfois non coordonnées entre structures publiques, il a souligné la nécessité d’une meilleure planification intégrée.
« Nous avons le même objectif et la même responsabilité »
Cette logique de coordination doit aussi, selon lui, s’inscrire dans une vision de commande publique verte et durable. « Les marchés de travaux causent beaucoup de dommages à l’environnement. Il nous faut désormais des solutions intégrées et respectueuses de l’environnement ».
Sur le volet technique, les échanges ont également porté sur les besoins du LNR/BTP en équipements spécialisés pour les essais, les homologations et la métrologie. Des équipements indispensables pour garantir la fiabilité des résultats et assurer des contrôles conformes aux standards internationaux.
Le Directeur général de l’ARCOP a alors plaidé pour une meilleure structuration du marché autour des équipements techniques. « Il faut une éducation du marché » a dit le Dr DJITTÉ qui a recommandé l’organisation de sessions de présentation des équipements avec les fournisseurs, dans une logique de transparence et d’ouverture. Il précise qu’« Il faut faire du sourcing sans écarter certains fournisseurs au profit d’autres ». Pour lui, l’enjeu dépasse l’acquisition d’équipements. Il s’agit surtout d’accompagner le secteur privé national afin qu’il monte en compétence et soit capable de répondre efficacement aux exigences des marchés publics. « Nous avons la responsabilité d’encadrer le secteur privé national » Dans le même élan, il a rappelé que l’ARCOP demeure avant tout un organe de conseil au service de l’administration. « Il ne faut pas attendre d’être confronté aux difficultés. Il faut anticiper et accompagner pour garantir la qualité des projets déroulés par l’Administration ».

La rencontre s’est finalement achevée sur une volonté commune de renforcer la coopération entre les deux structures à travers une convention de partenariat appelée à être actualisée. Plusieurs pistes de collaboration ont été identifiées, notamment dans les domaines de la recherche-action, des audits techniques, de la formation, du sourcing et de l’amélioration des procédures liées aux marchés publics.