RÉSOLUTIONS DE LA 5È AG DU RACOP : Les régulateurs tracent une nouvelle feuille de route pour l’intégration et la modernisation du continent

RÉSOLUTIONS DE LA 5È AG DU RACOP : Les régulateurs tracent une nouvelle feuille de route pour l’intégration et la modernisation du continent

Réunis à Victoria Falls, au Zimbabwe, les représentants de plus de 40 pays africains ont participé, du 10 au 13 novembre 2025, à la 5e Assemblée générale du Réseau africain de la commande publique (RACOP). La délégation du Sénégal était conduite par le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTE. L’événement a fait ressortir l’urgence de réformer les systèmes nationaux de passation des marchés, d’accélérer la transformation numérique et de renforcer la gouvernance publique pour en faire un véritable levier de développement économique continental.

Les délégués ont identifié l’une des faiblesses structurelles majeures. Il s’agit notamment de la fragmentation juridique et institutionnelle qui freine l’efficacité et le commerce intra-africain. Si chaque pays dispose de cadres nationaux différents, cette diversité entraîne incohérences, complexités administratives et limites à la concurrence transfrontalière.

L’Assemblée a donc plaidé pour une harmonisation progressive des lois et réglementations, soutenue par la rédaction d’une Charte africaine de la commande publique, adaptable aux réalités nationales. Cette démarche vise à renforcer les échanges, mutualiser les capacités et accroître la lisibilité du cadre juridique africain.

L’un des messages les plus forts de cette Assemblée générale concerne la modernisation des systèmes à travers la digitalisation. Les participants ont souligné que la numérisation des marchés publics est devenue incontournable. Elle repose sur l’adoption générale des plateformes d’e-procurement, l’utilisation de technologies émergentes telles que la blockchain, l’IA ou les systèmes d’analyse avancée, la création de solutions locales et durables maîtrisées par les États africains. Plusieurs exemples inspirants ont été cités, dont celui de la Tanzanie, où l’e-procurement est devenu obligatoire par loi, permettant un meilleur contrôle des risques et une détection automatisée des anomalies. Les États membres sont ainsi invités à s’engager formellement dans cette transition, avec une adoption généralisée des systèmes numériques d’ici la 10e Assemblée du réseau.

Pour professionnaliser les systèmes de passation, le réseau appelle à un renforcement clair du rôle des organismes nationaux de régulation. Les constats sont sans équivoque des mandats flous qui limitent l’efficacité des autorités de contrôle, le manque d’autonomie qui fragilise la crédibilité des régulateurs, l’absence de mécanismes de coordination qui crée des conflits institutionnels.

L’Assemblée recommande des mandats précis et renforcés, une indépendance financière et opérationnelle, des mécanismes structurés de résolution des différends, des rapports annuels de suivi et transparence.

Les partenaires techniques et financiers sont également encouragés à soutenir ces évolutions pour garantir leur ancrage durable.

Face à des niveaux de professionnalisation inégaux, le RACOP souligne la nécessité d’investir massivement dans la formation et le renforcement des compétences. Une proposition forte ressort des travaux : transformer l’actuelle SAPPTA en Académie africaine de formation aux marchés publics (APPTA). Cette structure continentale aurait pour mission de former les cadres des administrations, de renforcer le leadership des jeunes professionnels, de développer la recherche appliquée et de diffuser les bonnes pratiques.

Les universités et centres de formation africains devraient y jouer un rôle central.

Les travaux ont également mis en avant le caractère stratégique des marchés publics pour réduire les inégalités et soutenir la croissance par une promotion renforcée des entreprises détenues par des femmes, l’appui aux PME locales et aux jeunes entrepreneurs et les mécanismes préférentiels pour les fournisseurs africains.

Pour les délégations, ces choix relèvent de l’équité sociale en vue d’une redistribution des ressources et d’une création des écosystèmes productifs solides.