Face à la domination des cabinets étrangers dans les PPP, Me Ibrahima NDIÉGUÈNE et le Bâtonnier Alé FALL appellent à une mobilisation nationale pour renforcer la souveraineté juridique et la confiance des investisseurs.
La situation est paradoxale pour Me Ibrahima NDIÉGUÈNE, Secrétaire général de l’Ordre des avocats et membre du Conseil de régulation de l’ARCOP. Les contrats sont le pivot de la commande publique, mais les avocats sénégalais y sont encore trop peu impliqués. « Dans les marchés publics comme dans les PPP, tout repose sur un contrat. Et l’avocat est par essence celui qui le rédige et le sécurise », explique-t-il.
Pourtant, dans la pratique, de nombreux projets stratégiques continuent d’être confiés à des cabinets étrangers. Une tendance qu’il juge risquée pour la défense des intérêts nationaux. « L’avocat sénégalais pense d’abord à son pays. Lorsque des cabinets étrangers interviennent dans des PPP avec des partenaires étrangers, il peut y avoir convergence d’intérêts entre eux », ajoute-t-il.

Pour rappel, Me NDIÉGUÈNE s’exprimait à l’occasion d’un séminaire régional sur le thème « la modernisation du climat des affaires : promotion et protection des investissements » qui s’était tenue le 22 novembre 2025. L’évènement avait rassemblé des experts venus de Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie et du Sénégal. A cette rencontre, le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTE a fait une communication sur les Partenariats Public Privé (PPP), envisagés comme l’un des leviers solides pour combler le vaste déficit d’infrastructures qui plombe le développement africain. Ce manque est estimé à près de 1 300 milliards de dollars par an, soit 715 000 milliards de FCFA.
Aux côtés de Me NDIÉGUÈNE, le Bâtonnier Me Aly FALL acquiesce : « Le monde évolue. L’avocat doit sortir du seul champ du contentieux pour devenir un véritable conseiller stratégique », saluant la démarche d’ouverture de l’ARCOP. Pour lui, les PPP qui sont complexes et techniques, exigent une compréhension fine des mécanismes économiques et nécessitent donc une formation renforcée.

Il plaide pour des programmes conjoints de formation entre l’ARCOP et l’Ordre, afin d’outiller les avocats sur les modes alternatifs de règlement des différends, la gouvernance contractuelle et les dispositifs financiers propres aux PPP.
Plus les avocats nationaux seront impliqués dans la préparation et la gestion des contrats, plus la confiance des investisseurs sera renforcée. Me NDIÉGUÈNE cite un exemple concret : « Le cas du Dr DJITTE, qui a su se distinguer récemment face à une concurrence internationale, montre que l’expertise locale existe bel et bien. Il faut lui faire confiance ».
La présence d’avocats sénégalais dans les montages contractuels permet non seulement de protéger l’État, mais aussi de rassurer les investisseurs quant à la stabilité et à la transparence des engagements.
Intégration systématique des avocats dans la commande publique, pour une gouvernance plus sécurisée, plus souveraine et plus attractive.