Journaliste
Comment appréciez-vous l’installation des BAC PME au sein de l’ADEPME ? Nous rappelons que l’ARCOP en assure la tutelle technique.
Alpha THIAM – Directeur général de l’ADEPME
Merci beaucoup. Permettez-moi d’abord d’exprimer tout le plaisir que nous avons eu d’être présents aujourd’hui dans les locaux de l’ARCOP pour rencontrer son Directeur général, le Dr Moustapha DJITTÉ.
Notre appréciation est extrêmement positive à plusieurs égards. Nous tenons particulièrement à saluer l’audace avec laquelle l’ARCOP a mis en place un certain nombre d’innovations et d’outils qui permettent aujourd’hui à nos entreprises, notamment aux PME, d’accéder en toute transparence aux opportunités de la commande publique au Sénégal.
Il faut rappeler qu’autrefois, cette information n’était pas aussi accessible. Aujourd’hui, grâce aux dispositifs mis en place, l’information est devenue disponible et surtout utile pour les PME. Le BAC leur permet non seulement d’identifier les opportunités de marchés, mais aussi de les transférer aux entreprises que nous accompagnons.
Depuis juillet 2025, nous avons constaté des avancées extrêmement importantes en matière de formation, de sensibilisation et d’accompagnement autour de la commande publique. Cette dynamique doit s’inscrire dans la volonté commune de nos deux institutions de contribuer à la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050, afin de bâtir une croissance durable, inclusive et profitable aux entreprises sénégalaises.
Un pays ne se développe que par la puissance de ses entreprises. Nous donnons souvent l’exemple de la France avec le CAC 40. De la même manière, nous ne pouvons imaginer un Sénégal prospère sans grandes entreprises nationales.
Nous partageons l’intime conviction que le Sénégal ne se développera qu’à travers des entreprises fortes, capables d’accéder à la commande publique, d’y gagner des parts de marché et de renforcer leur compétitivité.
C’est tout le sens de cette rencontre qui nous permet aujourd’hui de faire un bilan d’étape, d’évaluer le partenariat entre l’ADEPME et l’ARCOP et surtout de définir ensemble de nouveaux objectifs résolument orientés vers les résultats.
Ces résultats concernent notamment le recensement exhaustif des marchés disponibles, leur mise en relation avec les entreprises identifiées par filière et par catégorie, afin de leur présenter concrètement les opportunités existantes. Ensuite viendra l’étape d’intermédiation pour accompagner ces entreprises dans l’accès effectif à ces marchés et transformer la commande publique en véritable opportunité économique.
Journaliste
Vous avez évoqué l’intermédiation. L’ARCOP développe également une plateforme dédiée qui pourrait être utile. Vous avez aussi parlé de bilan d’étape, même si quelques mois restent relativement courts pour évaluer un projet d’une telle envergure. Quels sont déjà les résultats les plus significatifs obtenus ?
Alpha THIAM – Directeur général de l’ADEPME
Il faut d’abord rappeler qu’il s’agit d’une phase pilote. En quelques mois, un travail important a été réalisé et nous sommes heureux aujourd’hui d’en évaluer les premiers résultats.
Nous avons d’abord travaillé sur l’organisation du BAC, sur les synergies entre les équipes et sur les actions de formation et de territorialisation. Les missions du BAC ne se sont pas limitées à Dakar. Elles ont été déployées dans plusieurs régions du Sénégal.
Nous avons parfaitement compris les orientations des autorités : territorialiser l’action publique et rapprocher les opportunités des populations. Les mêmes chances offertes à Dakar doivent être accessibles partout sur le territoire national.
Plusieurs sessions de formation ont ainsi été organisées. Plus de 4 000 PME ont été sensibilisées et accompagnées sur les questions liées à la commande publique. Cela leur permet aujourd’hui de mieux se positionner et d’intégrer de nouvelles perspectives de développement dans leurs activités.
Au-delà de la sensibilisation, une quarantaine d’entreprises ont déjà bénéficié d’un accompagnement jusqu’à la phase de soumission.
La prochaine étape consiste à renforcer davantage l’appropriation du dispositif au sein des équipes de l’ADEPME et à accompagner un certain nombre d’entreprises pilotes parmi les « pépites » identifiées dans le cadre du programme P350.
Comme vous le savez, l’ADEPME a lancé ce programme afin d’identifier des entreprises à fort potentiel. Dans les prochaines semaines, nous organiserons avec l’ARCOP des séances de travail spécifiques pour leur présenter les mécanismes de la commande publique, les opportunités de marchés et les accompagner dans leur positionnement.
Notre conviction reste la même : le Sénégal se développera grâce à des entreprises privées fortes, capables de gagner des parts de marché dans la commande publique avant même de se projeter à l’international.
Journaliste
Quel accompagnement attendez-vous encore de l’ARCOP dans la perspective de l’extension des BAC PME à l’intérieur du pays, notamment dans le cadre des pôles territoriaux ?
Alpha THIAM – Directeur général de l’ADEPME
Cette démarche est parfaitement alignée avec la Vision Sénégal 2050. Lorsque nous parlons de pôles territoriaux et que nous observons les orientations du Directeur général de l’ARCOP, nous saluons cette dynamique qui répond concrètement aux attentes exprimées par les autorités du pays.
Territorialiser l’action de l’ARCOP, c’est aussi territorialiser celle de l’ADEPME. Nous avons un devoir d’équité et de proximité vis-à-vis des entreprises.
Aujourd’hui, l’exigence des Sénégalais est claire : les services publics doivent être proches des usagers et des partenaires économiques. Nous devons être présents aux côtés des entreprises pour leur offrir davantage d’opportunités de croissance.
Le déploiement territorial du BAC constitue ainsi une réponse à la fois au développement économique, à l’équité territoriale et à la prospérité des entreprises locales. Trop souvent, dans certaines régions, les marchés sont captés par des entreprises venant d’ailleurs, au détriment des acteurs locaux. Cette situation ne favorise pas le développement des territoires.
Journaliste
Dr Moustapha DJITTÉ, vous êtes à l’origine de ces BAC PME. Comment ces structures peuvent-elles transformer l’écosystème économique sénégalais ?
Dr Moustapha DJITTÉ – Directeur général de l’ARCOP
Permettez-moi d’abord de saluer mon ami et collègue Alpha THIAM pour avoir compris que les différentes entités de l’État doivent travailler dans une synergie intelligente. Sa présence ici en est une parfaite illustration.
Le BAC PME ne serait resté qu’une simple idée si l’ADEPME n’y avait pas cru. Je voudrais rendre hommage à Alpha THIAM qui a adhéré à cette initiative et qui a tenu à ce que nous puissions aujourd’hui faire le point sur les avancées réalisées.
La création du BAC repose sur une logique très claire. Pendant longtemps, la commande publique a été perçue uniquement comme un ensemble de procédures administratives destinées à encadrer les projets de l’État. Pour nous, la commande publique est bien plus que cela : c’est un véritable instrument de développement économique.
Or, un développement économique n’a de sens que s’il est porté par le secteur privé national.
Lorsque nous sommes arrivés à la tête de l’ARCOP, nous avons développé ce que nous avons appelé « l’endogénéisation de la commande publique ». L’objectif est simple : faire en sorte que les projets financés par l’État profitent davantage au secteur privé sénégalais.
Toutes les grandes puissances économiques ont construit leur développement autour de leurs entreprises nationales. Le Sénégal ne doit pas s’écarter de cette logique.
Dans cette perspective, il fallait créer un instrument capable d’aider les PME, qui constituent souvent le maillon le plus fragile du tissu économique, à accéder à l’information sur les marchés publics et à participer efficacement aux procédures.
C’est ainsi qu’est née l’idée du BAC PME.
Nous avons conçu le projet, recherché les financements et nous nous sommes tournés vers l’ADEPME, parce que chaque institution doit rester dans son cœur de métier. L’ARCOP est une autorité de régulation et de contrôle. L’accompagnement opérationnel des PME relevait naturellement de l’ADEPME.
Les autorités de l’ADEPME ont immédiatement compris l’intérêt de cette initiative et y ont adhéré.
Aujourd’hui, le BAC produit déjà des résultats encourageants en matière d’encadrement, de participation aux procédures et même de sous-traitance. Mais nous devons aller encore plus loin.
L’objectif est désormais d’identifier les PME les plus aptes à capter ces opportunités, de leur transmettre les informations sur les marchés en temps réel et de les accompagner jusqu’à l’obtention effective des contrats.
Pour nous, cette initiative participe pleinement à la construction d’un développement économique porté par le secteur privé national.
Journaliste
La plateforme APPEL, dédiée à la dématérialisation des procédures de commande publique et lancée en octobre 2025, peut-elle soutenir le développement des BAC PME ?
Dr Moustapha DJITTÉ – Directeur général de l’ARCOP
Absolument. Nous l’avons souvent rappelé : la plateforme APPEL a permis de démocratiser l’accès à la commande publique.
Aujourd’hui, une PME, quelle que soit sa région, peut accéder aux informations sur les marchés simplement en se connectant à la plateforme.
Là où le BAC PME joue un rôle complémentaire essentiel, c’est dans l’exploitation de ces informations. Les marchés sont contenus dans les plans de passation qui nécessitent une certaine expertise pour être correctement analysés.
Le BAC a donc pour mission de suivre ces plans de passation publiés par les administrations, d’identifier les opportunités adaptées aux PME et de les mettre à leur disposition.
La plateforme APPEL facilitera considérablement ce travail et contribuera à rendre l’information sur les marchés publics beaucoup plus accessible aux petites et moyennes entreprises.