Première sortie officielle pour le nouveau Directeur général de l’ARMP de Guinée, Mohamed DIALLO. Nommé le 18 août dernier par décret présidentiel, il conduit à Dakar une délégation de onze responsables venus s’imprégner de l’expérience sénégalaise, alors que la Guinée prépare la transformation de son dispositif de régulation des marchés publics en une Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP). Cette réforme est en effet un tournant en Guinée où l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) doit évoluer vers une ARCOP, dans le cadre de l’adaptation du dispositif institutionnel aux textes communautaires. C’est dans cette perspective qu’une délégation guinéenne séjourne à Dakar depuis le 7 septembre 2026 pour une immersion auprès de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) du Sénégal.
Composée notamment de représentants du Conseil de régulation de l’ARMP, de la Direction générale du contrôle des marchés, du secrétariat général de la Présidence, de l’unité PPP et de TELEMO, la délégation veut comprendre, au-delà des textes, comment s’est opérée concrètement la transformation du système sénégalais de commande publique.

Pour Mohamed DIALLO nouveau Directeur général de l’ARMP de Guinée, l’enjeu est d’abord de tirer les enseignements de l’expérience des autres. « Pour ne pas faire les mêmes erreurs, il faut venir prendre l’expérience des autres, partager et éventuellement identifier les bonnes pratiques que nous pouvons également avoir ». La démarche ne se limite pas à la future organisation institutionnelle. Les responsables guinéens s’intéressent aux méthodes de travail, aux mécanismes de régulation et d’audit, à la professionnalisation des acteurs, au financement de l’institution, mais aussi à la dématérialisation des procédures et aux relations avec le secteur privé. Ces différents volets figuraient déjà parmi les axes retenus pour cette mission d’immersion.
La digitalisation occupe une place particulière dans les échanges. Le Sénégal dispose désormais d’une expérience concrète avec le déploiement d’APPEL, la plateforme d’Achats publics en procédures électroniques, qui accompagne le passage des procédures physiques aux processus électroniques. La délégation guinéenne cherche notamment à comprendre les conditions techniques et opérationnelles de cette transformation, mais aussi la manière dont l’administration et les opérateurs économiques se sont adaptés. « Nous souhaitons surtout apprendre comment vous avez fait depuis le début, comment vous vous êtes organisés et comment, aujourd’hui, la commande publique s’adapte à la digitalisation qui est en place », souligne Mohamed DIALLO.

Le responsable guinéen veut également connaître les réponses apportées aux difficultés rencontrées dans l’utilisation de la plateforme par certains acteurs privés. « Nous souhaitons notamment savoir comment vous gérez les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre avec le secteur privé, lorsque certains acteurs ne s’intéressent pas suffisamment à la plateforme ou rencontrent des difficultés à l’utiliser ». Pour lui, la transformation numérique n’est pas un chantier ponctuel. « Cette réforme demande une amélioration continue, parce que les systèmes changent, le monde change ».
« Vous avez déjà balisé le chemin »
Du côté guinéen, la portée de la mission dépasse donc la seule observation des mécanismes existants. Elle doit contribuer à préparer une nouvelle architecture institutionnelle et à renforcer les compétences des équipes appelées à la mettre en œuvre. Moussa Iboune CONTE, membre du Conseil de régulation de l’ARMP de Guinée, insiste sur cette dimension. « Nous voulons opérer une véritable transition institutionnelle. Nous voulons passer de l’Autorité de régulation des marchés publics à l’Autorité de régulation de la commande publique. Cela nécessite un changement important du cadre institutionnel ».
L’expérience sénégalaise apparaît, dans ce contexte, comme un point d’appui. « Vous avez déjà balisé le chemin », estime-t-il, en citant parmi les acquis susceptibles d’inspirer la Guinée la professionnalisation des acteurs, la digitalisation et les réformes engagées dans la commande publique.
La délégation s’intéresse également à des chantiers plus récents, notamment les achats publics durables. Le Sénégal a engagé des travaux visant à intégrer davantage les dimensions environnementales, sociales et économiques dans les politiques d’achat. La professionnalisation constitue un autre axe de comparaison, avec notamment le retour d’expérience du Sénégal dans le cadre de l’évaluation MAPS II soutenue par la Banque mondiale.
Pour Moussa Iboune CONTE, la présence du nouveau Directeur général donne aussi une portée particulière à cette mission. « Il est arrivé à ce poste au mois d’août 2026 et il s’agit de sa première sortie officielle. Vous voyez donc l’importance que nous accordons à cette mission », souligne-t-il.
L’ARCOP revendique une régulation tournée vers les solutions
Face à cette volonté de capitaliser sur l’expérience sénégalaise, le Directeur général de l’ARCOP a placé les échanges sur un terrain plus large : celui de la responsabilité du régulateur dans la réalisation des projets publics. Pour le Dr Moustapha DJITTE, la commande publique ne peut être réduite à une succession de formalités. Selon lui, « Les procédures ne sont pas de simples règles qui sont aménagées. C’est un cadre de conception et de préparation des projets publics ».

Une conception qui appelle, à son avis, une évolution de la posture des acteurs chargés de la régulation et du contrôle. « Nous ne sommes pas là pour bloquer les projets. Nous sommes là pour trouver des solutions », affirme le Directeur général.
Le propos prend une résonance particulière dans le contexte de transformation des systèmes de commande publique. Face à des procédures parfois complexes et à des projets présentant des contraintes spécifiques, le régulateur doit être en mesure d’expliquer les règles, d’écouter les difficultés et d’orienter les acteurs vers les solutions prévues par les textes.
Dr Moustapha DJITTE insiste ainsi sur la nécessité de mieux maîtriser le cadre réglementaire. « Le Code a prévu beaucoup de choses. Le problème est de savoir ce que nous maîtrisons et ce que nous ne maîtrisons pas ». Pour le DG de l’ARCOP, cette maîtrise doit aller de pair avec un travail de pédagogie, y compris auprès des décideurs publics.





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