Le Sénégal veut accélérer l’intégration des exigences environnementales dans la commande publique. C’est l’un des principaux messages portés par le Secrétaire général du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique (METE), Fodé FALL, à l’ouverture, mardi 29 septembre 2026, de l’atelier national sur les achats publics durables et circulaires dans le secteur du bâtiment, organisé par l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), avec l’appui du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Pour le représentant du ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, le choix de cette thématique intervient dans un contexte où le poids économique du bâtiment et de la construction impose de repenser l’impact environnemental de l’investissement public. « Chaque décision d’investissement public est aussi une décision qui engage notre environnement » dira M. FALL pour qui, « il ne s’agit pas simplement d’acheter autrement ». Il s’agit, selon lui, d’utiliser la puissance de la commande publique pour agir sur les modes de production, de construction et de consommation.

Dans le secteur du bâtiment, cette orientation passe notamment par la promotion de matériaux moins carbonés, l’efficacité énergétique et hydrique, le réemploi et le recyclage des matériaux, la réduction des déchets de construction et le développement de filières plus respectueuses de l’environnement. L’enjeu est donc de faire évoluer progressivement les pratiques d’achat de l’État et des autres acteurs publics afin que les investissements contribuent également aux objectifs de transition écologique.
Un cadre existe, reste à accélérer l’action
Le Sénégal dispose déjà de plusieurs instruments pouvant soutenir cette dynamique. Fodé FALL a notamment cité le Code des marchés publics de 2022, qui permet l’intégration de critères environnementaux dans les procédures de passation, ainsi que le Guide des achats publics durables. Il a également rappelé l’existence d’une feuille de route pour l’action climatique dans le bâtiment et la construction, qui inscrit notamment la circularité parmi les objectifs à atteindre à l’horizon 2040. « Nous disposons donc du cadre. Il nous faut maintenant renforcer l’action », a-t-il déclaré. Cette étape suppose notamment de renforcer les compétences des acteurs, d’améliorer la connaissance du marché et de disposer de données permettant de mesurer les performances environnementales des projets.

Dans cette nouvelle configuration, le ministère de l’Environnement entend renforcer son rôle dans la définition des politiques publiques. Fodé FALL estime que l’action environnementale ne doit plus se limiter à l’élaboration des normes, au contrôle de leur application ou à l’intervention après constat des impacts. « L’environnement doit être davantage en amont de la décision publique », a-t-il insisté. Cette approche doit notamment permettre d’intégrer les considérations environnementales dès la définition des standards auxquels doivent répondre les investissements publics et d’amener les différents acteurs à anticiper les impacts environnementaux de leurs politiques et projets. Le METE entend ainsi accompagner les autres départements ministériels dans l’intégration de la dimension environnementale dans leurs politiques sectorielles.
Des défis, mais aussi des opportunités
La transition vers des achats publics plus durables et circulaires reste toutefois confrontée à plusieurs contraintes. Le SG du METE a cité notamment les besoins en compétences, la structuration des chaînes d’approvisionnement, l’insuffisance des données environnementales et la nécessité de mieux formaliser le réemploi des matériaux. Le Sénégal dispose cependant d’un potentiel à valoriser, notamment à travers les solutions locales dans les domaines des matériaux biosourcés, du recyclage et de la valorisation des déchets de construction.

La réussite de cette transition suppose, dès lors, une mobilisation dépassant le seul département de l’Environnement. Ministères chargés de la commande publique, des finances, de l’urbanisme, du logement, des infrastructures et de l’énergie, collectivités territoriales, secteur privé, professionnels et universités sont appelés à contribuer à cette dynamique. Pour Fodé FALL, l’atelier de Dakar doit aller au-delà d’un simple exercice de sensibilisation. « Il doit constituer un espace de repositionnement collectif », a-t-il lancé, en évoquant à la fois les pratiques, les politiques publiques et la place de l’environnement dans la décision publique.
À travers les achats publics durables et circulaires, l’enjeu dépasse ainsi la seule commande de biens ou de services. Il s’agit de faire de la dépense publique un levier capable de stimuler l’innovation, de soutenir les filières nationales et d’accompagner l’émergence d’une économie plus circulaire et plus résiliente.