« Acheter, c’est gouverner : constats, enjeux et défis pour le Sénégal ». C’est autour de cette problématique qu’Ousseynou CISSE, Coordonnateur technique de l’ARCOP représentant le Directeur général de l’organe de régulation, le Dr Moustapha DJITTÉ, est intervenu en qualité de panéliste lors du lancement de l’ouvrage *Externalisation des marchés publics*, publié en 2026 aux Éditions Mercury par Awa NDOYE, spécialiste du management des organisations. Son intervention a porté sur l’évolution du système sénégalais de commande publique, ses acquis en matière de transparence et les réformes nécessaires pour renforcer son efficacité et sa contribution au développement économique. Retraçant les principales étapes de l’évolution des marchés publics au Sénégal, Ousseynou CISSE a rappelé que le système s’est progressivement structuré au rythme des transformations économiques et institutionnelles du pays. Le tournant des années 2000, marqué par la transposition des directives de l’UEMOA relatives à la passation et à l’exécution des marchés publics, a notamment consacré la distinction entre les fonctions de contrôle et de régulation.

Cette évolution a permis de consolider un dispositif conforme aux standards internationaux et de réaliser des avancées en matière de transparence. Toutefois, le respect des procédures ne garantit pas systématiquement l’efficacité des achats. Pour illustrer cette difficulté, le panéliste a évoqué le cas d’un directeur d’hôpital confronté à une procédure infructueuse d’acquisition d’un scanner. Une telle situation pose, selon lui, la question de l’équilibre entre la sécurité des procédures et la satisfaction des besoins des populations. L’enjeu est donc de faire en sorte que la commande publique permette non seulement de garantir la transparence, mais aussi d’obtenir les résultats attendus.
Parmi les priorités identifiées figure la modernisation du système, notamment par la simplification des procédures et la réduction des délais de passation. Cette orientation s’inscrit dans la dynamique de transformation de l’administration portée par l’Agenda national Sénégal 2050. À cet égard, la plateforme APPEL (Achats publics en procédures électroniques) occupe une place centrale. Sa généralisation, prévue au début de l’année 2027, doit permettre de dématérialiser davantage les opérations, de limiter les contraintes liées aux déplacements et à la gestion des documents physiques, tout en renforçant la traçabilité des procédures.

Le développement des achats publics durables constitue un autre axe stratégique. Pour l’ARCOP, la commande publique doit dépasser sa dimension administrative pour devenir un instrument de politique économique. Elle peut notamment contribuer à l’emploi des jeunes, à l’inclusion des groupes vulnérables et à la prise en compte des exigences environnementales dans les achats publics.
Former des spécialistes et mobiliser les innovations numériques
La professionnalisation des acteurs représente également un enjeu majeur. Ousseynou CISSE a souligné la nécessité de renforcer les compétences des agents chargés de la passation des marchés, compte tenu de leur responsabilité dans l’utilisation des ressources publiques. Dans cette perspective, l’ARCOP développe des partenariats avec des établissements d’enseignement supérieur pour mettre en place des formations spécialisées, notamment au niveau master. Un projet avec Clermont School of Business est également en préparation, avec l’ambition de former des professionnels capables de mieux maîtriser les procédures et d’améliorer la qualité de la dépense publique.

L’intervention a enfin abordé les possibilités offertes par l’intelligence artificielle, notamment pour assister les utilisateurs dans l’évaluation des offres, une étape particulièrement exigeante du processus de passation. L’objectif est de faciliter l’analyse comparative des propositions, sans perdre de vue les exigences de transparence et de rigueur.
Faire de la commande publique un instrument de développement
À travers cette contribution, l’ARCOP réaffirme une orientation essentielle : la performance de la commande publique ne se mesure pas uniquement au respect des procédures, mais également à sa capacité à répondre aux besoins collectifs et à produire des résultats concrets. Présentant son ouvrage, Awa NDOYE a, pour sa part, estimé que les huit États membres de l’UEMOA, dont le Sénégal, devaient poursuivre leurs efforts en matière d’administration de la commande publique pour en faire un véritable instrument de développement économique et d’amélioration du bien-être des citoyens. Les échanges ont ainsi mis en évidence un enjeu commun : concilier transparence, efficacité et impact économique, afin que les ressources engagées dans les marchés publics contribuent pleinement aux objectifs de développement des États.