Pendant deux jours, Dakar a accueilli une importante plateforme de réflexion sur l’avenir de sa gouvernance territoriale et les mécanismes innovants de financement du développement urbain. Organisées les 4 et 5 mai 2026 par l’Amicale du personnel d’encadrement de la Ville de Dakar (APEC-Ville de Dakar), les journées scientifiques de contribution ont réuni experts, décideurs publics, partenaires techniques et acteurs de la gouvernance locale autour du thème : « Financer, gouverner et transformer la Ville de Dakar à l’ère des pôles territoriaux et de l’Acte IV de la décentralisation : nouvelles trajectoires pour une métropole africaine durable et compétitive ». Ces rencontres se voulaient un espace de réflexion sur les mutations institutionnelles et territoriales en cours, mais également sur les solutions concrètes capables d’accompagner la capitale sénégalaise dans sa transformation urbaine. La réforme des pôles territoriaux, l’Acte IV de la décentralisation, la gouvernance métropolitaine et les mécanismes de financement innovants susceptibles de renforcer les capacités d’investissement des collectivités territoriales, ont été au cœur des discussions. Dans cette dynamique, plusieurs institutions spécialisées ont été conviées à partager leurs expériences et expertises, notamment l’Autorité de Régulation de la Commande publique (ARCOP). M. Al Hassane DIOP, économiste et expert en Partenariats public-privé (PPP), par ailleurs coordonnateur de la Cellule PPP et APD de l’organe de régulation a animé un panel consacré à la problématique : « La Ville de Dakar, hub financier, PPP et finance climat pour une transformation urbaine durable ».
Le représentant l’ARCOP a livré une communication remarquée sur les enjeux du financement innovant des collectivités territoriales. Dans son intervention, M. DIOP a d’abord dressé un état des lieux des PPP dans les collectivités territoriales sénégalaises, en rappelant les principales dispositions réglementaires encadrant ces mécanismes. Il a insisté sur le fait que les collectivités locales font aujourd’hui face à des défis structurels majeurs portant sur une insuffisance des ressources propres, une dépendance aux transferts de l’État, de faibles capacités d’autofinancement et des difficultés de mise en œuvre des projets d’investissement.

Selon l’expert, l’ampleur des besoins locaux en infrastructures et services publics impose désormais de nouveaux modes de financement capables de compléter les ressources budgétaires classiques. « Les PPP peuvent constituer un puissant levier d’autonomisation des collectivités territoriales et un instrument efficace de mobilisation des ressources financières et techniques », a-t-il expliqué devant les participants. Pour Al Hassane DIOP, les partenariats public-privé permettent non seulement d’accélérer la réalisation des infrastructures locales, mais aussi d’améliorer durablement l’accès des populations aux services essentiels tels que l’eau, l’assainissement, l’énergie, l’éducation ou encore les services urbains. Il a particulièrement insisté sur les effets économiques induits par ces partenariats. Il s’agit notamment de la création d’emplois locaux, le transfert de compétences, la professionnalisation des services territoriaux et la dynamisation des économies urbaines.
La communication de M. DIOP a surtout mis l’accent sur la nécessité pour Dakar de développer une véritable ingénierie territoriale capable d’attirer des financements innovants. Dans cette perspective, plusieurs axes stratégiques ont été proposés : conception d’offres territoriales attractives, sécurisation des projets , amélioration de la visibilité des opportunités d’investissement et intégration des spécificités territoriales dans les études d’ingénierie. L’approche intercommunale a également été présentée comme un levier majeur pour renforcer l’attractivité financière des territoires. « L’intercommunalité permet de créer une masse critique plus attractive pour les investisseurs privés », a soutenu le spécialiste, estimant que la mutualisation des projets et des ressources pourrait améliorer la bancabilité des initiatives locales.
La finance climat a occupé une place centrale dans les échanges. Face aux défis croissants liés aux changements climatiques, Al Hassane DIOP a plaidé pour une meilleure intégration des critères de durabilité dans les projets urbains. Il a notamment évoqué plusieurs instruments innovants tels que le financement mixte public-privé et des partenariats avec les banques multilatérales de développement ainsi que les fonds spécialisés dans l’adaptation climatique. Autres solutions innovantes, les obligations de résilience, les fonds de contingence et les mécanismes d’assurance paramétriques . Selon le représentant de l’ARCOP, les collectivités territoriales doivent désormais concevoir des projets capables de répondre simultanément aux exigences de développement urbain, de résilience climatique et d’attractivité économique.
L’exemple inspirant de Koudougou au Burkina Faso
Pour illustrer le potentiel des PPP territoriaux, le responsable de la Cellule PPP et APD de l’ARCOP a partagé l’expérience de la commune de Koudougou au Burkina Faso, souvent citée comme un modèle de partenariat public privé réussi dans le domaine des infrastructures locales. Ce projet de gare routière, développé sous forme de concession avec l’appui de la Coopération suisse, a permis à la commune de mobiliser des financements privés pour la construction et la gestion de l’infrastructure, tout en générant des revenus durables à travers les loyers et les redevances. L’expérience a également favorisé la création d’activités économiques connexes, le développement du commerce local et le renforcement de la gouvernance participative grâce à la mise en place d’un comité de gestion associant les différentes parties prenantes.

Pour les participants, cet exemple démontre que les collectivités territoriales africaines peuvent, lorsqu’elles disposent de projets bien structurés, attirer des investissements importants malgré des ressources budgétaires limitées.
Les échanges ont également permis de mettre en perspective les ambitions territoriales du Sénégal dans le cadre des huit pôles territoriaux prévus par les réformes en cours. Dakar y est présenté comme un pôle urbain et industriel majeur appelé à jouer un rôle stratégique dans la compétitivité économique nationale et régionale. Dans ce contexte, les intervenants ont insisté sur l’urgence de repenser les modèles de gouvernance urbaine afin de mieux articuler planification territoriale, attractivité économique et durabilité environnementale.
Au terme des travaux, les participants ont salué la qualité des contributions et la pertinence des pistes proposées pour accompagner la transformation de Dakar.
Les discussions ont particulièrement souligné la nécessité de renforcer les mécanismes de dialogue public-privé, de professionnaliser davantage l’ingénierie des projets territoriaux et de développer des instruments de financement adaptés aux enjeux climatiques et urbains contemporains.
Ces journées scientifiques auront surtout permis de repositionner les PPP et la finance climat comme des outils structurants pour accompagner les ambitions de la capitale sénégalaise dans un contexte marqué par la montée des besoins urbains, la pression démographique et les nouvelles exigences de gouvernance territoriale.