Faire de la commande publique un véritable levier d’inclusion économique des femmes. Tel est l’objectif de l’atelier thématique sur l’accès des femmes à la commande publique, organisé les 22 et 23 décembre 2025 par l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), en partenariat avec ONU Femmes. Cette rencontre a réuni institutions publiques, autorités contractantes, partenaires techniques et financiers, ainsi que des femmes entrepreneures issues de divers secteurs d’activité. S’inscrivant dans le cadre du référentiel Sénégal 2050, cet atelier ambitionne de traduire en actions concrètes les dispositions juridiques et politiques en faveur de l’entrepreneuriat féminin dans la commande publique, encore largement sous-exploitées malgré un cadre réglementaire renforcé.

Les marchés publics représentent une part significative de l’économie nationale. Chaque année, près de 30 000 marchés sont passés au Sénégal pour un volume financier oscillant entre 2 500 et 2 600 milliards de FCFA, majoritairement financé sur ressources nationales. Pourtant, les entreprises dirigées par des femmes demeurent faiblement représentées dans l’accès à ces opportunités. À l’échelle mondiale, les femmes capteraient moins de 2 % de la commande publique globale, un constat qui se reflète également au niveau national. Les contraintes sont multiples : complexité des procédures, accès limité à l’information stratégique, difficultés de financement, exigences de garanties, ou encore faible intégration dans les chaînes de valeur publiques.

Présidant l’ouverture des travaux, le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, a rappelé que l’accès des femmes à la commande publique constitue désormais un pilier des politiques d’inclusion économique. Il a notamment souligné les avancées du cadre juridique sénégalais, qui consacre des mécanismes de discrimination positive en faveur des femmes. Le Code des marchés publics prévoit ainsi que les autorités contractantes disposant d’un budget annuel supérieur à un seuil défini doivent réserver au moins 5 % de la valeur de leurs marchés aux acteurs de l’économie sociale et solidaire et aux PME nationales, dont 2 % spécifiquement dédiés aux PME à direction féminine. Une disposition renforcée par l’arrêté du ministre des Finances et du Budget du 5 juillet 2024, qui précise les seuils d’application.
Toutefois, a reconnu le DG de l’ARCOP, « plusieurs de ces mécanismes restent insuffisamment opérationnels au regard de l’ampleur des besoins », d’où la nécessité d’un dialogue structuré et d’une planification stratégique avec l’ensemble des parties prenantes.

Les deux jours d’échanges ont permis aux participantes de partager leurs expériences, d’identifier les obstacles persistants et de formuler des propositions concrètes. L’atelier a également mis en lumière l’importance de l’endogénéisation de la commande publique, concept porté par l’ARCOP, visant à renforcer la participation du secteur privé national, à retenir la valeur ajoutée dans l’économie locale et à promouvoir une croissance inclusive.
L’installation du Bureau d’Assistance à la Commande Publique (BAC), appuyée par ONU Femmes, a été citée comme l’une des réponses opérationnelles majeures pour accompagner les femmes entrepreneures dans la compréhension des procédures et la préparation de dossiers compétitifs.

Au terme de l’atelier, les participants ont exprimé de fortes attentes quant à la mise en œuvre effective des recommandations issues des travaux, notamment en matière de simplification des procédures, de renforcement des capacités, d’accès au financement et de suivi évaluation des engagements institutionnels. Pour l’ARCOP et ONU Femmes, l’enjeu est désormais de faire en sorte que les avancées juridiques et politiques se traduisent par des résultats tangibles sur le terrain, afin que les femmes entrepreneures puissent pleinement jouer leur rôle dans la réalisation des commandes de l’État. Car, comme l’a rappelé Dr Moustapha DJITTÉ, « placer les femmes au cœur de la commande publique, c’est investir durablement dans le développement économique et social du Sénégal ».







