COLLOQUE INTERNATIONAL DE DAKAR : L’ARCOP au cœur des débats sur l’avenir de la commande publique en Afrique

COLLOQUE INTERNATIONAL DE DAKAR : L’ARCOP au cœur des débats sur l’avenir de la commande publique en Afrique

Dakar a accueilli, les 9 et 10 avril 2026 à l’Université Cheikh Anta DIOP, un colloque international consacré à la commande publique en Afrique, autour du thème : « enjeux, défis et perspectives ». Organisée par le Centre d’Études et de Recherches en Commande Publique (CERCP) en partenariat avec l’ARCOP, cette rencontre a réuni universitaires, praticiens et décideurs autour des grandes mutations du secteur. Acteur central de la régulation au Sénégal, l’ARCOP y a joué un rôle de premier plan à travers les interventions de plusieurs de ses cadres, mobilisés pour partager leur expertise et leurs retours d’expérience. Dès l’ouverture, le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, a donné le ton à travers une leçon inaugurale qui a posé les jalons d’une réflexion approfondie sur les transformations en cours dans la gouvernance des marchés publics en Afrique. Son intervention a notamment mis en perspective les enjeux de réforme, de souveraineté économique et de modernisation des systèmes de passation.

Il a rappelé que la commande publique reste d’abord un instrument au service des populations. « La mobilisation des ressources au profit des citoyens demeure le fondement de toute action publique légitime », a-t-il souligné, insistant sur le rôle de l’administration comme moteur à la fois de conception et d’exécution des politiques publiques.

Revenant sur le cas du Sénégal, il a retracé les grandes étapes d’un système façonné par plusieurs décennies de réformes. À la fin des années 1970, dans un contexte économique marqué par la sécheresse et les déséquilibres macroéconomiques, les programmes d’ajustement structurel ont introduit des changements importants, sans toutefois corriger toutes les fragilités. Sous la présidence de Abdou DIOUF, des efforts ont été faits pour mieux encadrer la gestion publique, mais les limites liées à la place du secteur privé national et à la faiblesse des mécanismes de régulation sont restées perceptibles.

Selon lui, l’évolution de la commande publique s’organise autour de trois séquences. D’abord, une phase d’adaptation des règles héritées de la période coloniale, dominée par une logique de centralisation et de primauté du prix. Ensuite, une phase d’harmonisation régionale, avec l’introduction de normes communes et la structuration d’un dispositif reposant sur la séparation des fonctions. Enfin, une période plus récente, marquée par un besoin de réajustement profond, dans un contexte où les exigences économiques et sociales ont fortement évolué.

C’est dans ce dernier mouvement que s’inscrivent les réformes en cours. La dématérialisation des procédures est apparue comme une priorité, avec l’objectif de sécuriser les opérations, de réduire les délais et de limiter les marges de manœuvre propices aux dérives. Dans le même esprit, la centralisation de certains achats est présentée comme un moyen de mieux maîtriser la dépense publique. L’expérience tirée de structures déjà en place plaide, selon lui, pour un élargissement progressif du dispositif, notamment vers les achats informatiques, les consommables, les réservations hôtelières ou encore les manuels scolaires.

Sur ce point, il a évoqué la possibilité de confier un rôle plus affirmé à certaines entités publiques, capables de regrouper les besoins des administrations et de négocier dans de meilleures conditions. L’idée n’est pas de bouleverser le système existant, mais d’y apporter des ajustements mesurés, afin d’éviter de désorienter les acteurs.

La question de la place du secteur privé national a occupé une part importante de son propos. Les chiffres récents, qui montrent un recul de la part des entreprises locales dans la commande publique, traduisent selon lui une évolution préoccupante. Il a rappelé que les projets les plus complexes exigent des capacités techniques et financières importantes, ce qui explique en partie la présence accrue d’opérateurs étrangers. Mais il a aussi pointé la nécessité de mieux tirer parti des mécanismes existants.

Le cadre juridique prévoit déjà des marges de préférence, des réservations de marchés et des obligations spécifiques dans les partenariats public-privé. « Aucun opérateur étranger ne peut aujourd’hui intervenir dans un projet de PPP sans associer le secteur privé national », a-t-il insisté, évoquant l’obligation d’ouvrir une part significative du capital aux acteurs locaux.

Dans un contexte de contraintes budgétaires, le recours aux partenariats public privé est appelé à se renforcer. Ce type de montage permet de mobiliser des financements privés et de répartir autrement les risques, tout en assurant la réalisation de projets que l’État aurait du mal à porter seul. Pour le Directeur général de l’ARCOP, il s’agit désormais d’un outil incontournable.

Il n’a pas pour autant éludé les difficultés liées à la gouvernance. La commande publique reste exposée à des pratiques irrégulières, qu’il s’agisse de manipulations dans les procédures ou d’actes de corruption. Il a rappelé la responsabilité des différents intervenants, qu’ils soient chargés de préparer les dossiers ou de prendre les décisions, et insisté sur la nécessité de renforcer les contrôles et les mécanismes de sanction.

Enfin, il a insisté sur l’importance de territorialiser davantage la commande publique. L’objectif est de mieux prendre en compte les réalités locales et de favoriser l’émergence d’un tissu économique plus équilibré. Cela suppose de réfléchir à des mécanismes de réservation au profit des entreprises locales, à des seuils adaptés et à une meilleure intégration des produits issus des territoires. Une telle orientation, a-t-il expliqué, peut contribuer à dynamiser les économies régionales et à réduire les déséquilibres.

La commande publique est appelée à jouer un rôle plus affirmé dans la transformation économique, à condition de poursuivre les réformes, d’en corriger les limites et de consolider les acquis. Le colloque de Dakar aura, à cet égard, offert un cadre utile pour confronter les expériences et nourrir la réflexion sur l’avenir du secteur en Afrique.