Du Bénin au Togo en passant par la Guinée, des praticiens saluent une montée en compétence décisive, portée par l’ARCOP et la Banque mondiale autour des standards du Livre Rouge FIDIC. Dakar a été, du 4 au 8 mai 2026, un véritable carrefour de la commande publique africaine. Dans les salles de l’Institut de régulation de la commande publique (IRCOP), centre de formation de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), une soixantaine d’experts venus de onze pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont affiné leur maîtrise des contrats de travaux à travers le Livre Rouge FIDIC.
Organisée avec l’appui de la Banque mondiale, cette session internationale s’inscrit dans une dynamique de renforcement de la qualité de l’exécution des marchés publics, longtemps considérée comme le maillon faible des systèmes nationaux.
Dans ce contexte, la formation a largement dépassé le cadre académique. Elle a plutôt été un espace de convergence des pratiques, un lieu où se croisent expériences nationales et standards internationaux. L’enjeu est d’améliorer la gestion des projets d’infrastructures, sécuriser les investissements et garantir des résultats concrets sur le terrain.

Pour M. Davi Benjamin, spécialiste en passation des marchés sur le projet Ouaka-Bénin, la portée de cette formation est sans équivoque. « Les contrats FIDIC sont des contrats très éprouvés dans le monde, très utilisés. Ce sont des outils qui ont été améliorés au fil du temps et qui reposent sur une grande expérience », explique-t-il. À ses yeux, l’intérêt est double. D’une part, ces standards contribuent à structurer les pratiques. « Cela vient professionnaliser les spécialistes en marchés publics », insiste-t-il.
D’autre part, la dimension régionale constitue un atout majeur. « Cette formation met ensemble des spécialistes venus de plusieurs pays. Cela permet de faire des échanges d’expériences, de compléter ce qui n’était pas fait chez nous et de s’inspirer de bonnes pratiques déjà expérimentées ailleurs », souligne-t-il.

Même son de cloche du côté du Togo. Mme Ama Essenam Yakpo, spécialiste en passation des marchés dans un projet d’amélioration de la sécurité hydrique en milieu urbain, insiste d’abord sur la portée institutionnelle de l’initiative. « Nous remercions la Banque mondiale et les institutions impliquées, notamment l’ARCOP, qui nous ont permis de saisir cette opportunité », affirme-t-elle. Sur le fond, la formation constitue, selon elle, un véritable levier d’amélioration professionnelle. « Elle nous apporte un plus en termes de meilleures pratiques. Les contrats FIDIC sont de plus en plus utilisés dans les travaux de construction », rappelle-t-elle. Elle a aussi mis en avant la richesse des échanges entre participants. « Les discussions avec les autres nationalités nous permettent de voir comment intégrer ce type de contrats dans les marchés que nous aurons à gérer », explique-t-elle. L’accès aux outils pédagogiques, notamment le Livre Rouge, apparaît également déterminant. « Avec ces documents, couplés aux dossiers types que nous utilisons déjà, nous pourrons progressivement les intégrer dans nos pratiques quotidiennes », ajoute-t-elle.

Pour M. Arafan Bayo, coordonnateur d’un projet eau et assainissement en Guinée, financé notamment par la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement, l’enjeu est avant tout stratégique. « Même si je ne suis pas spécialiste en passation des marchés, il est important, en tant que coordonnateur, d’avoir une meilleure lisibilité de ces contrats liés aux travaux », explique-t-il. Dans un contexte marqué par la multiplication des partenariats avec des entreprises internationales, cette maîtrise devient indispensable. « Nous sommes amenés à contractualiser avec des entreprises internationales. Pour défendre les intérêts du projet et du pays, il est essentiel d’avoir des prérequis solides sur ces contrats », souligne-t-il. Il insiste également sur la valeur ajoutée d’outils qui ont fait leurs preuves. « Ce sont des contrats élaborés par des experts et éprouvés dans le temps. Il est extrêmement important d’en maîtriser le contenu », conclut-il.

Cette formation s’inscrit dans la problématique de la performance des marchés publics en Afrique.
À Dakar, experts et institutions convergent sur un constat : la réussite d’un projet ne se joue pas uniquement à l’attribution du marché, mais surtout dans son exécution.
Dans ce cadre, les contrats FIDIC offrent un référentiel structuré, fondé sur une répartition claire des responsabilités et des risques. Leur appropriation par les acteurs publics apparaît désormais comme un levier incontournable pour améliorer la qualité des infrastructures, maîtriser les coûts et réduire les litiges.
À Dakar, la formation FIDIC ne se limite donc pas à un transfert de compétences. Elle esquisse, à travers les voix de ses participants, les contours d’une commande publique africaine plus rigoureuse, plus collaborative et résolument tournée vers la performance.

