L’accès des petites et moyennes entreprises (PME) aux marchés publics reste confronté à plusieurs difficultés, parmi lesquelles le manque d’information, la complexité des procédures et la concurrence des grandes entreprises. C’est à partir de ce constat que le mémoire de Ibrahima MAMANE KAKA de la 9e promotion du Master II en management et régulation des marchés publics consacré à « L’Intelligence Artificielle (IA) au service des PME : accroître leur accès aux marchés publics » examine la possibilité de recourir aux outils d’intelligence artificielle pour faciliter leur participation à la commande publique.
L’étude repose sur une enquête menée auprès de PME ainsi que sur des entretiens avec différents acteurs concernés par les marchés publics et le numérique. Les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, le nombre de réponses exploitées ne permettant pas de tirer des conclusions généralisables à l’ensemble des PME. Les résultats de l’enquête mettent en évidence une participation encore limitée des entreprises interrogées aux procédures de marchés publics. 52 % déclarent n’avoir jamais participé à un appel d’offres et 81 % n’avoir jamais remporté de marché public.
Le manque d’information sur les appels d’offres apparaît comme le principal obstacle cité par les répondants, avec 52,4 % des réponses. Viennent ensuite la concurrence des grandes entreprises (38,1 %) et la complexité administrative des procédures (33,3 %). L’organisation interne des entreprises constitue également une difficulté. 67 % des répondants indiquent ne pas disposer d’une personne ou d’un service spécifiquement chargé de la veille sur les appels d’offres. Dans le même temps, 67 % déclarent que leurs collaborateurs n’ont jamais bénéficié d’une formation sur les marchés publics. Ces données conduisent l’auteur à s’interroger sur la manière dont les technologies d’intelligence artificielle pourraient répondre, au moins en partie, à ces difficultés.

L’enquête fait apparaître un intérêt marqué pour certaines applications concrètes de l’IA. 76 % des répondants considèrent cette technologie comme très utile pour gagner du temps et améliorer leurs résultats.
L’attente la plus fréquemment exprimée concerne les alertes automatiques sur les opportunités correspondant au profil de l’entreprise, citées par 76,2 % des participants. Les répondants évoquent également l’identification des marchés pertinents (57,1 %), la vérification automatique des pièces exigées (52,4 %) et la génération de modèles d’offres techniques et financières (47,6 %).
Les objectifs recherchés sont principalement le gain de temps, cité par 66,7 % des répondants, la réduction des erreurs (61,9 %) et une meilleure identification des opportunités (57,1 %).
L’idée défendue dans le mémoire n’est pas de substituer l’intelligence artificielle aux professionnels des marchés publics. Les outils envisagés doivent plutôt permettre aux entreprises de mieux organiser leur veille, de faciliter la préparation des dossiers et de réduire certaines tâches répétitives.
L’intérêt manifesté pour ces outils s’accompagne néanmoins de plusieurs réserves. Les personnes interrogées craignent notamment une mauvaise interprétation des données et évoquent la confidentialité des informations.
Ces préoccupations sont importantes dans le domaine des marchés publics, où les entreprises manipulent des informations commerciales, financières et administratives. Pour l’auteur, le développement de tels outils ne peut donc être dissocié des questions de sécurité des données, de responsabilité, de traçabilité et de protection des informations sensibles.

Le mémoire préconise la mise en place d’une plateforme nationale intelligente d’assistance aux PME, associant intelligence artificielle, Big Data et interfaces simples d’utilisation. Une telle plateforme pourrait notamment proposer des alertes personnalisées sur les appels d’offres, une assistance interactive, des orientations pour la constitution des dossiers, des informations réglementaires, ainsi que des ressources de formation.
L’auteur envisage également des outils accessibles sur plusieurs canaux et, lorsque cela est possible, prenant en compte les réalités linguistiques des utilisateurs. La sécurité des données et les principes éthiques devraient, selon cette proposition, être intégrés dès la conception du dispositif.
La formation occupe une place importante dans les recommandations du mémoire. L’objectif serait de permettre aux PME de comprendre les possibilités offertes par l’IA, mais également ses limites et les risques liés à son utilisation.
L’étude recommande ainsi des actions de sensibilisation sur les usages pratiques de l’IA dans la veille des marchés publics, la gestion documentaire ou encore la préparation des réponses aux appels d’offres. Elle insiste également sur les questions liées à la cybersécurité, à la protection des données et au cadre juridique.