REACTIONS…..La commande publique, un levier pour la souveraineté sanitaire du Sénégal

REACTIONS…..La commande publique, un levier pour la souveraineté sanitaire du Sénégal

Pour Dr Assane DIOP, président de l’Association sénégalaise de l’industrie pharmaceutique (ASIP), la commande publique constitue un levier essentiel de la souveraineté sanitaire. La crise de la COVID-19 a révélé les risques liés à la dépendance aux importations et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales. Mais, souligne-t-il, la volonté de promouvoir la production locale doit se traduire par des débouchés concrets pour les entreprises nationales. Celles-ci restent confrontées à la complexité des procédures, à la méconnaissance des règles et à certaines contraintes administratives qui limitent leur accès aux marchés publics. Les trois jours de formation organisés par l’ARCOP et l’IRCOP ont permis aux participants de mieux appréhender les règles de passation, la définition des besoins et les différentes procédures de mise en concurrence. « Il nous appartient désormais de traduire les enseignements de cette formation en actes », insiste le président de l’ASIP, qui entend relayer ces acquis auprès des entreprises du secteur.

Pour le Pr Yérim Mbagnick DIOP, coordonnateur de l’Unité de gestion du projet de développement pharmaceutique industriel (UGP Pharma), l’accès au marché figure parmi les axes majeurs de la stratégie de développement de l’industrie pharmaceutique nationale. Le marché public, notamment à travers les volumes d’approvisionnement de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA), représente un débouché important pour les producteurs locaux.

L’enjeu est de mieux articuler les mécanismes d’approvisionnement, les conditions de participation des industriels sénégalais et les exigences de la commande publique. Si les évolutions réglementaires en faveur du contenu local constituent une avancée, elles doivent s’accompagner d’efforts supplémentaires pour renforcer la compétitivité des entreprises. L’objectif est de leur permettre de mieux préparer leurs offres et d’accroître leur participation aux marchés publics.

Directeur de West Afric Pharma, le Dr Aziz CISSÉ retient, pour sa part, le caractère pratique et interactif de la formation, qui a favorisé les échanges d’expériences et une meilleure compréhension de la réglementation. Pour les industriels, l’accès à la commande publique peut contribuer à accroître les volumes de production, à améliorer la rentabilité des investissements et à consolider les capacités des unités industrielles. « La souveraineté pharmaceutique n’est pas un rêve inaccessible », affirme-t-il, citant l’exemple de la Tunisie et soulignant que le Sénégal dispose également des compétences et des talents nécessaires. Au-delà de leur intérêt économique, les marchés publics constituent ainsi un moyen de soutenir la production nationale et de faciliter l’accès des populations à des produits de santé de qualité à des prix accessibles.

VERBATIM

Dr Assane DIOP, président de l’Association sénégalaise de l’industrie pharmaceutique (ASIP)

L’industrie pharmaceutique est au cœur des enjeux de souveraineté sanitaire de notre pays. La crise de la COVID-19 a notamment mis en évidence les risques liés à notre dépendance aux importations et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales.  Le Gouvernement du Sénégal a fait le choix stratégique de relancer l’industrie pharmaceutique locale. Mais pour que cette ambition se traduise en résultats économiques concrets, nos entreprises ont besoin de débouchés. La commande publique constitue, à cet égard, un levier essentiel. Pendant longtemps, nous avons été confrontés à un paradoxe : d’un côté, l’État affichait sa volonté de promouvoir la consommation locale ; de l’autre, les entreprises pharmaceutiques nationales éprouvaient des difficultés à se positionner efficacement sur les marchés publics. Ces difficultés ne sont pas nécessairement liées à un manque de compétences ou à une insuffisance de qualité. Elles tiennent aussi à la méconnaissance des règles, à la complexité des procédures et à certaines contraintes administratives susceptibles de décourager les opérateurs. Les trois jours de formation nous ont permis de mieux cerner ces obstacles. Nous avons approfondi les règles d’organisation des marchés, la définition préalable des besoins et les différentes procédures de passation, de l’appel d’offres ouvert à la consultation restreinte. Les mises en situation ont également permis d’illustrer concrètement les exigences auxquelles les entreprises doivent répondre. Il nous appartient désormais de traduire les enseignements de cette formation en actes. L’ASIP entend prendre toute sa part dans cette dynamique en relayant les informations auprès des entreprises du secteur.

Pr Yérim Mbagnick DIOP, coordonnateur de l’Unité de gestion du Projet de développement de l’industrie pharmaceutique (UGP Pharma)

L’UGP Pharma est chargée du pilotage, de la coordination et du suivi des projets et des réformes inscrits dans le plan de développement de l’industrie pharmaceutique. Notre objectif est de créer un environnement favorable à l’émergence d’entreprises nationales capables de se développer, d’investir et de devenir compétitives. Parmi les principaux axes de réforme figure l’accès au marché, qui comporte deux dimensions : le marché privé et le marché public. Le marché public représente un débouché important pour les industriels pharmaceutiques. Il est notamment porté par la Pharmacie nationale d’approvisionnement (PNA), qui contribue à l’approvisionnement du secteur public en produits pharmaceutiques. Les volumes concernés en font un levier à prendre en considération dans la stratégie de développement des entreprises locales. Pour faciliter cet accès, des réformes sont engagées afin de mieux articuler les mécanismes d’approvisionnement, les conditions de participation des industriels nationaux et les exigences de la commande publique. L’accès au marché privé constitue également un enjeu important. Les entreprises doivent pouvoir s’approprier les outils et les dispositifs mis en place pour faciliter leur développement commercial, dans le respect des règles applicables. La commande publique évolue par ailleurs vers une meilleure prise en compte du contenu local. Les industriels sénégalais doivent donc connaître les dispositions qui les concernent et comprendre comment en tirer parti. C’est tout l’intérêt de cette formation. Nous espérons que ces acquis permettront aux entreprises de mieux préparer leurs soumissions et d’accroître leur participation aux marchés publics, notamment dans le secteur pharmaceutique. Les évolutions réglementaires constituent une avancée, mais elles doivent s’accompagner d’autres mesures pour renforcer la compétitivité de l’industrie locale.

Dr Aziz CISSÉ, responsable de West Afric Pharma

Très sincèrement, je ne pensais pas pouvoir rester trois jours à cette formation. Je l’avais même dit au premier jour, en demandant s’il était possible de ramener la session à deux jours. Finalement, je suis resté jusqu’au bout, sans difficulté. Cela montre à quel point la formation a été pédagogique, accessible et intéressante. Je félicite le professeur DIOP pour la qualité de son enseignement. Il nous a permis de revenir sur les fondamentaux de la réglementation des marchés publics, avec une approche interactive qui a favorisé les échanges et le partage d’expériences. Nous n’avons pas simplement suivi un cours magistral. Nous avons pu poser des questions, confronter nos pratiques et apprendre les uns des autres. C’est l’un des points forts de cette session. Pour nous, industriels, l’accès à la commande publique constitue un levier important de développement. Les volumes concernés peuvent contribuer à soutenir l’activité des unités de production et à améliorer leur capacité à fonctionner dans des conditions économiquement viables. Même lorsque les marges sont faibles, la complémentarité entre le marché privé et le marché public peut permettre d’augmenter les volumes de production et de mieux rentabiliser les investissements. C’est aussi une manière pour les entreprises de jouer pleinement leur rôle citoyen en contribuant à la souveraineté pharmaceutique et en mettant à la disposition des populations des médicaments de qualité à des prix accessibles. La souveraineté pharmaceutique n’est pas un rêve inaccessible. Je prends souvent l’exemple de la Tunisie.  Nous avons, nous aussi, les compétences et les talents nécessaires.  Je voudrais donc remercier l’ARCOP et l’IRCOP pour leur diligence dans l’organisation de ces trois jours de formation.