Il y a dix mois, la plateforme APPEL (Achats Publics en Procédures Électroniques en Ligne) entrait officiellement en service avec pour ambition de faire entrer durablement la commande publique sénégalaise dans l’ère du numérique. Dix mois plus tard, le pari est en passe d’être relevé. Pensée comme l’un des piliers de la modernisation de la commande publique, la plateforme n’a cessé de s’enrichir. De nouvelles fonctionnalités ont été déployées, les utilisateurs se sont progressivement approprié l’outil et plusieurs administrations publiques sont désormais engagées dans un vaste chantier d’interopérabilité destiné à supprimer les lourdeurs administratives qui accompagnent encore les procédures de passation des marchés.
À l’ARCOP, l’heure est à la préparation de la dématérialisation intégrale du cycle de passation des marchés publics. En effet, loin de se limiter à la publication des appels d’offres et au dépôt électronique des offres, APPEL qui ne cesse de gagner en maturité, évolue progressivement vers une plateforme couvrant toutes les étapes de la procédure.

L’une des avancées majeures enregistrées ces derniers mois concerne l’intégration du contrôle a priori assuré par la Direction centrale des marchés publics (DCMP). Les contrôleurs disposent désormais d’outils numériques leur permettant d’assurer le suivi complet des dossiers grâce à un système de gestion des tâches et à des grilles d’analyse harmonisées. Pour M. Ousseynou SOW, Directeur des systèmes d’information (DSI) de l’ARCOP, cette évolution marque une rupture dans l’organisation du contrôle. « Aujourd’hui, lorsqu’un dossier est transmis à la DCMP, chaque intervenant peut suivre son traitement jusqu’à la validation finale. Cette organisation améliore la circulation de l’information, renforce la traçabilité et facilite le travail des équipes de contrôle ».
L’autre avancée importante concerne les pôles régionaux de la DCMP qui disposent désormais des mêmes outils que l’administration centrale pour exercer le contrôle a priori des dossiers d’appel d’offres, une évolution qui contribue à rapprocher davantage le service des autorités contractantes.
Prochaine étape, couverture de l’intégralité du processus. Les modules consacrés à l’évaluation des offres, à l’attribution des marchés, aux prestations intellectuelles, aux procédures dérogatoires ainsi qu’à la gestion des recours sont pratiquement finalisés. « Les développements sont quasiment achevés. Nous sommes actuellement dans la phase d’intégration. L’objectif est que la plateforme accompagne les procédures depuis la planification jusqu’à l’attribution des marchés », explique M. Ousseynou SOW. Cette évolution permettra non seulement d’assurer une meilleure continuité numérique des procédures, mais également de renforcer la transparence et la traçabilité de chaque décision prise au cours de la passation des marchés.
L’interopérabilité, le véritable changement d’échelle
Le vaste chantier des interconnexions ouvre une nouvelle perspective. L’identification automatique des fournisseurs grâce au NINEA est déjà une réalité, à la faveur de l’interconnexion avec le système de l’ANSD. L’ARCOP travaille désormais avec plusieurs administrations stratégiques, notamment la Direction générale du Budget, la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID), l’IPRES, la Caisse de sécurité sociale ainsi que son propre système de gestion de la redevance de régulation.
À terme, le fournisseur ne sera plus contraint de déposer à chaque soumission les mêmes documents administratifs. « La plateforme ira directement vérifier les informations auprès des administrations concernées. Les attestations sociales, le quitus fiscal ou encore les états financiers seront récupérés automatiquement lorsqu’ils sont disponibles », précise M. Ousseynou SOW.
Cette évolution devrait considérablement réduire les délais de traitement, simplifier les démarches des opérateurs économiques et limiter les risques d’erreurs liés à la manipulation des documents.
L’humain au cœur de la transformation
La réussite d’une telle réforme ne repose cependant pas uniquement sur la technologie. Pour M. Babacar Khaly DIAGNE, Chef de service chargé de la dématérialisation, l’appropriation de l’outil par les utilisateurs constitue le principal facteur de réussite. « Une plateforme aussi structurante ne peut produire tous ses effets que si les autorités contractantes, les organes de contrôle et les opérateurs économiques sont correctement formés. La formation demeure donc un chantier permanent ».

C’est tout le sens des caravanes de sensibilisation organisées à travers le pays. Après Ziguinchor pour toute la région sud, Saint-Louis pour le nord et Kaolack pour le centre, d’autres régions seront prochainement couvertes afin d’accompagner la généralisation progressive de la plateforme.
Les premiers résultats témoignent d’une montée en puissance progressive du dispositif. Alors que la phase pilote avait démarré avec cinquante autorités contractantes, plus de 106 autorités contractantes utilisent aujourd’hui APPEL. La plateforme enregistre également plus de 1 300 fournisseurs inscrits, signe d’une appropriation croissante par les opérateurs économiques. Pour M. Babacar Khaly DIAGNE, cette progression confirme que la transformation est désormais engagée. « Les utilisateurs prennent progressivement leurs repères. APPEL est appelée à devenir le point d’entrée unique des procédures de passation des marchés publics au Sénégal ».
L’ambition est désormais d’intégrer les plans de passation de l’ensemble des administrations au titre de l’exercice 2027 et d’étendre progressivement la plateforme à la gestion contractuelle puis à l’exécution des marchés.
Sécuriser pour inspirer confiance
Parce que la commande publique mobilise chaque année plusieurs milliers de milliards de francs CFA, la sécurité constitue un pilier central du projet. L’ARCOP affirme avoir mis en place une architecture de cybersécurité répondant aux exigences de confidentialité, d’intégrité et de disponibilité des données. « Nous investissons continuellement dans les protocoles et les dispositifs de sécurité afin que chaque acteur puisse utiliser la plateforme avec un niveau élevé de confiance », souligne M. Babacar Khaly DIAGNE.
Dix mois après son lancement, APPEL est entrée dans une phase de consolidation. Les fonctionnalités déjà opérationnelles, les modules en cours d’intégration, les interconnexions avec les systèmes de l’administration et la montée en puissance du nombre d’utilisateurs traduisent une réforme qui prend progressivement toute son ampleur.