GOUVERNANCE, DEMATERIALISATION FORMATION ET PROFESSIONNALISATION DES ACTEURS : Le modèle sénégalais attire l’attention de la République du Congo

GOUVERNANCE, DEMATERIALISATION FORMATION ET PROFESSIONNALISATION DES ACTEURS : Le modèle sénégalais attire l’attention de la République du Congo

Le Sénégal exporte aussi son expérience en matière de gouvernance publique. Le 5 novembre 2026, l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) a accueilli une délégation de la République du Congo conduite par M. Gervais BOUITI-VIAUDO, conseiller spécial du Premier ministre. La mission avait pour objectif de comprendre les mécanismes de régulation des marchés publics au Sénégal, examiner les réformes engagées et identifier des pratiques susceptibles d’enrichir le dispositif congolais. Cette visite s’inscrit dans une démarche de coopération Sud-Sud consacrée au partage d’expériences en matière de réforme de l’État, de gestion des finances publiques et de renforcement de la gouvernance. Pour les sept membres de la délégation congolaise, la séquence consacrée à l’ARCOP constituait une occasion d’aller au-delà des textes et des principes pour observer l’organisation et le fonctionnement d’un système de régulation déjà structuré. Le choix du Sénégal n’est pas fortuit. « Le Sénégal bénéficie d’une réputation bien établie en matière d’administration publique. La régulation de la commande publique participe de cette expérience dont nous souhaitons nous inspirer », a souligné M. Gervais BOUITI-VIAUDO. Une reconnaissance qui traduit l’intérêt porté aux mécanismes sénégalais de contrôle, de régulation et de sécurisation de la dépense publique.

Au cours de la séance de travail présidée par M. Ousseynou CISSE, Coordonnateur technique de l’ARCOP au nom du Directeur général,  les équipes de l’organe de régulation ont présenté les missions de l’institution, son organisation et les évolutions du dispositif national de régulation. Les échanges ont notamment porté sur les règles de passation et de contrôle des marchés publics, le fonctionnement du Comité de règlement des différends (CRD), les audits indépendants, le contrôle a priori des procédures et les outils numériques de passation. Derrière ces mécanismes se joue un enjeu central pour l’action publique : garantir que les ressources mobilisées par l’État et les organismes publics soient engagées dans le respect des règles, selon des procédures transparentes et dans des conditions qui préservent l’égalité de traitement des candidats. La qualité de la commande publique ne se mesure donc pas seulement à la régularité des procédures. Elle repose aussi sur la capacité des institutions à prévenir les manquements, à traiter les différends et à accompagner les acteurs dans l’application de la réglementation.

L’intérêt de la démarche congolaise réside précisément dans cette recherche de solutions opérationnelles. « Nous disposons nous aussi d’une institution de régulation, l’ARMP, que vous connaissez. Mais il est toujours utile d’observer ce qui fonctionne ailleurs, de comprendre les difficultés rencontrées et de voir comment elles ont été surmontées », a expliqué le chef de délégation. Cette approche comparative permet aux administrations de confronter leurs méthodes, de repérer les points de convergence et de tirer parti des expériences acquises. Elle ne suppose pas de reproduire à l’identique un modèle, mais d’en identifier les éléments transposables au regard des réalités juridiques et institutionnelles de chaque pays.

L’ARCOP, au-delà de la seule fonction de contrôle

L’évolution de l’ancienne Autorité de régulation des marchés publics (ARMP) vers l’ARCOP a également retenu l’attention des visiteurs. Pour M. Gervais BOUITI-VIAUDO, cette transformation semble avoir entraîné « un élargissement qualitatif de ses missions et des responsabilités qui lui sont confiées ». Cette observation renvoie à une évolution importante de la régulation. L’ARCOP  est appelée à contribuer à l’amélioration du système dans son ensemble, à travers l’accompagnement des acteurs, la diffusion des bonnes pratiques et le renforcement des compétences. La régulation devient ainsi un levier de sécurisation de l’action administrative et d’amélioration de la qualité de la dépense publique. Pour l’administration sénégalaise, la solidité du dispositif tient à l’articulation entre les différentes fonctions. La régulation, le contrôle des procédures et le règlement des différends répondent à des exigences complémentaires. Leur coordination contribue à la prévisibilité des règles et à la confiance des acteurs dans le système de commande publique.

Le Coordonnateur technique de l’ARCOP, M. Ousseynou CISSE, a rappelé que cette exigence de bonne gouvernance se trouve au cœur des préoccupations communes aux deux pays. « Nous disposons de ressources importantes, mais la question essentielle reste celle de leur bonne gestion. Une commande publique conduite dans le respect des règles, avec rigueur et transparence, peut contribuer significativement à l’amélioration de la gouvernance dans nos pays », a-t-il indiqué. Cette conviction donne tout son sens à la visite. La commande publique ne constitue pas uniquement un ensemble de procédures administratives : elle représente un instrument déterminant pour la mise en œuvre des politiques publiques, la réalisation des investissements et la préservation des ressources collectives.

La formation, un chantier de coopération prioritaire

Parmi les sujets ayant suscité un intérêt particulier figure la professionnalisation des acteurs de la commande publique. M. Nicolas OKANDZI, secrétaire permanent aux Réformes des finances publiques de la République du Congo, a relevé que les questions de formation se posent également dans son pays, où les autorités recherchent encore des mécanismes durables de développement des compétences. « Vous disposez déjà de formations diplômantes dans le domaine de la commande publique, alors que nous sommes encore à la recherche d’une structure capable d’accompagner durablement le développement des compétences dans ce secteur », a-t-il relevé. L’expérience sénégalaise ouvre ainsi une piste concrète de coopération. La formation spécialisée peut contribuer à harmoniser la compréhension des règles, à professionnaliser les pratiques et à réduire les risques d’erreurs dans la préparation et la conduite des marchés. Pour le Congo, l’enjeu est de disposer de capacités institutionnelles permettant d’inscrire ces compétences dans la durée.

Le responsable congolais a évoqué la possibilité d’examiner les modalités d’une collaboration avec les structures sénégalaises, notamment autour de la formation. Il a également soulevé la question du traitement des marchés issus de partenariats stratégiques avec des États ou des puissances étrangères, souhaitant mieux comprendre les modalités de contractualisation applicables à ces opérations.

Vers un partenariat institutionnel plus structuré

Pour l’ARCOP, cette visite ne doit pas rester une simple séquence de présentation institutionnelle. M. Ousseynou CISSE a exprimé le souhait de voir les échanges se poursuivre dans un cadre plus formel, évoquant la possibilité d’un protocole d’accord entre les institutions concernées. « Nous souhaitons néanmoins que cette rencontre constitue le point de départ d’une collaboration plus structurée, qui pourrait se concrétiser par la signature d’un protocole d’accord », a-t-il déclaré. Un tel cadre pourrait faciliter les échanges entre experts, l’approfondissement de sujets techniques et le partage de méthodes de travail sur les questions communes aux deux administrations. À l’issue des présentations, le chef de délégation congolais a lui-même envisagé de nouvelles sollicitations, notamment pour permettre à certains de ses collègues d’approfondir les questions abordées au contact des équipes sénégalaises. Cette perspective confirme l’intérêt d’une coopération fondée sur les compétences disponibles au sein des administrations africaines. Face aux exigences de transparence, d’efficacité et de redevabilité, les échanges entre institutions de régulation peuvent accélérer les réformes, favoriser l’apprentissage mutuel et éviter à chaque pays de repartir de zéro.