EMPLOIS DURABLES DANS LA COMMANDE PUBLIQUE : En partenariat avec l’OIT, l’ARCOP présente un guide visant à faire de chaque projet public un vecteur de création d’emplois décents, durables et mieux encadrés

EMPLOIS DURABLES DANS LA COMMANDE PUBLIQUE : En partenariat avec l’OIT, l’ARCOP présente un guide visant à faire de chaque projet public un vecteur de création d’emplois décents, durables et mieux encadrés

La commande publique pourrait demain être évaluée non seulement à l’aune des infrastructures réalisées, mais également au nombre d’emplois qu’elle génère et à leur qualité. C’est la conviction portée par l’ARCOP, qui a réuni les principaux acteurs du système national de la commande publique, les partenaires sociaux et les partenaires techniques et financiers à l’occasion de l’atelier national de validation du Guide d’opérationnalisation des dispositions promotrices de l’emploi dans la commande publique. C’était le 17 juillet 2026.

Fruit d’un partenariat entre l’ARCOP et l’Organisation internationale du Travail (OIT), cet outil entend traduire en pratiques concrètes les possibilités déjà offertes par le Code des marchés publics afin d’intégrer, dès la préparation des appels d’offres, des critères favorisant l’emploi, l’inclusion sociale et le développement local. Cette orientation s’inscrit pleinement dans les priorités nationales visant à renforcer l’employabilité des jeunes et des femmes, conformément aux orientations des plus hautes autorités de l’État.

Faire de la commande publique un moteur de l’emploi

Pour le Directeur général de l’ARCOP, le Dr Moustapha DJITTÉ, la commande publique ne doit plus être considérée uniquement comme un instrument d’acquisition de biens, de services ou de travaux. « La commande publique constitue une véritable opportunité de création d’emplois. Notre objectif est désormais de faire en sorte que cette création soit mieux organisée, plus importante et plus durable », a-t-il expliqué. Selon lui, la réflexion doit intervenir dès la conception des dossiers d’appel d’offres afin d’y intégrer des paramètres permettant aux autorités contractantes d’encourager la création d’emplois tout au long de l’exécution des marchés.

Le Dr DJITTE a également insisté sur une autre dimension souvent moins visible : la professionnalisation des acteurs publics. Pour lui, la performance de la commande publique passe aussi par le recrutement, la formation et la fidélisation de spécialistes capables d’assurer une gestion efficace des procédures.

Au-delà de la création d’emplois, il a plaidé pour des emplois durables et respectueux des droits des travailleurs. À cet effet, l’ARCOP a engagé la révision des dossiers-types de passation afin d’y intégrer des prescriptions sociales plus exigeantes portant notamment sur les rémunérations, les conditions de travail et le respect des obligations sociales des entreprises titulaires de marchés publics.

Un guide pour transformer les pratiques

L’OIT voit dans ce guide un changement de paradigme. Pour Mme Samira DAOUD, Directrice du Bureau de l’OIT pour le Sénégal, la Gambie et la Guinée, il ne s’agit plus simplement d’attribuer un marché, mais de réfléchir à son impact social. « Derrière chaque école construite, chaque route réalisée ou chaque centre de santé équipé, il doit aussi y avoir davantage de femmes qui accèdent à un emploi, des jeunes qui acquièrent une première expérience professionnelle et des PME locales qui se développent », a-t-elle souligné.

Le guide invite ainsi les autorités contractantes à se poser, dès l’expression des besoins, plusieurs questions essentielles : le marché peut-il favoriser le recrutement local ? Peut-il être alloti afin d’encourager la participation des PME ? Des clauses sociales peuvent-elles être introduites pour promouvoir l’emploi des jeunes, des femmes ou des personnes vulnérables ?

Pour la responsable de l’OIT, la commande publique représente désormais un puissant levier de développement humain, économique et social dès lors qu’elle est pensée au service du travail décent.

Mieux mesurer les retombées des investissements publics

Représentant le ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et technique, le Directeur de cabinet, Amadou Bèye NDIAYE, a salué une initiative qui répond directement aux priorités nationales en matière d’emploi. Chaque année, a-t-il rappelé, plusieurs milliards de francs CFA sont injectés dans l’économie nationale à travers les marchés publics. La véritable interrogation est désormais de mesurer combien d’emplois ces investissements permettent effectivement de créer.

Selon lui, le guide élaboré par l’ARCOP et l’OIT apportera des outils d’évaluation permettant d’apprécier les retombées des marchés publics sur l’emploi, mais aussi d’encourager les entreprises à créer davantage d’emplois durables, à renforcer le recrutement local et à mieux intégrer les exigences d’inclusion sociale. Il a également insisté sur la nécessité de territorialiser davantage les bénéfices de la commande publique, en privilégiant chaque fois que possible la main-d’œuvre locale afin que les investissements profitent directement aux populations des territoires concernés.

Une commande publique au service du développement durable

Les échanges ont mis en évidence une conviction largement partagée et selon laquelle, la commande publique représente aujourd’hui bien plus qu’un simple outil d’achat public. Elle constitue un levier stratégique susceptible d’accélérer la création d’emplois, de renforcer les compétences nationales, de soutenir les PME, de promouvoir l’inclusion économique et de contribuer à une croissance plus équilibrée. À travers ce guide, l’ARCOP, avec l’appui de l’OIT et en collaboration avec le ministère de l’Emploi, entend doter les autorités contractantes d’un référentiel pratique leur permettant d’intégrer ces objectifs dans leurs procédures quotidiennes.

Après la validation technique, le principal défi sera désormais de favoriser une appropriation effective du guide par l’ensemble des acteurs concernés. Pour l’ARCOP, la commande publique ne doit plus être perçue uniquement comme un levier de réalisation des investissements publics. Elle doit également contribuer à la création d’emplois décents, au développement des territoires et à l’atteinte des objectifs économiques et sociaux du Sénégal.

Un objectif que M. Frederick BANDON, point focal de l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans le cadre de ce projet, juge parfaitement réalisable. Revenant sur l’approche HIMO (Haute Intensité de Main-d’œuvre), il a rappelé qu’il s’agit d’une modalité d’exécution des travaux d’infrastructures que le maître d’ouvrage peut privilégier dès la phase de définition des besoins afin de maximiser les retombées en matière d’emploi. Promue par l’OIT, cette approche ne se limite pas à la création d’emplois temporaires. Elle vise également à offrir aux bénéficiaires des perspectives de revenus durables grâce à des passerelles vers une insertion économique plus pérenne.